Lettre ouverte au Chef d’Etat Major Général de l’Armée

Monsieur le Chef d’Etat-Major Général,

Au moment où le Burundi est à la croisée des chemins, un moment historique où le pouvoir finissant du Président Pierre Nkurunziza perd le nord, en tant que citoyen burundais préoccupé par la tension qui tourne autour du troisième mandat du président Nkurunziza, je prends la liberté de vous adresser cette lettre ouverte afin que vous compreniez que l’heure est arrivée pour vous de faire un choix. Le choix entre la patrie et le clan mafieux du Président Pierre Nkurunziza. Le temps de vous refaire une santé politique.

Monsieur le Chef d’Etat-Major Général,

Vous êtes à la tête d’une armée qui est une résultante de la fusion de deux armées, celle issue des mouvements politiques armés et celle de l’armée régulière de l’époque. Cette fusion est le résultat d’une intense négociation qu’il faut protéger à tout prix. Vous ne pouvez pas vous payer le luxe de détruire ce capital précieux. Ce corps de l’armée, poumon de la stabilité des institutions et partant de celle du Burundi n’avait donc pas besoin de vos deux malheureuses réunions de discorde du samedi 21 février 2015 au café « IWABO WABANTU » et celle du lundi 23 février 2015 à Gahahe, non loin de Carama.

Ce samedi, de 12 h30 à 22 heures, appuyés par le général de brigade Ntakirutimana Etienne alias Steve, devenu par hasard patron des services secrets burundais,vous avez réunis certains commandants de région ainsi que certains chef d’Etat-Major de région, tous issus de l’ancien mouvement politique armé, CNDD-FDD. A Carama vous aviez réunis certains commandants d’unités et certains membres de votre administration. Au-delà de cette division de l’armée qui est une faute grave, le message de soutenir à tout prix le troisième mandat du président sortant Pierre Nkurunziza, est une démarche lourde de conséquences pour le corps de l’armée. A ce titre la division de l’armée et la mobilisation politique pour soutenir un club mafieux aux abois n’a d’autres issus que la destruction de ce corps. Et pour cause un des officier supérieur de l’armée burundaise confiait au journal Jeune Africaine de cette semaine que : « L’armée est derrière le Burundi, pas derrière un Burundais en particulier », une vision correcte qui tranche avec votre message du 21 février 2015 à IWABO WABANTU ou celui de Carama.

Monsieur le Chef d’Etat-Major Général,

Au cours de cette réunion politique de mobilisation d’une partie de l’armée, vous avez déclaré sans ambages que le Président Pierre Nkurunziza a le droit de briguer un troisième mandat et que les pays de la sous-région le soutiennent et l’encouragent dans cette aventure. Nantis de ce mensonge, vous avez demandé, à votre auditoire pourtant sceptique, de tirer sur les manifestants qui descendraient dans la rue contre le troisième mandat du chef de l’Etat. Dans votre exercice de persuasion,vous êtes allés loin dans le mensonge, jusqu’à promettre aux militaires qui tireront sur les manifestants l’intervention du président Nkurunziza auprès de la Cour Pénal International de La Haye ! Comme si ces militaires étaient des gamins, vous les avez bernés en leur promettant que le président Nkurunziza allait négocier l’abandon des poursuites judiciaires auprès de La Haye. Mais comme ils ne sont pas dupes, ils vous ont posé la question de savoir ce que sera leur sort si Nkurunziza perdait ces élections alors qu’ils ont déjà massacré les manifestants.

Monsieur le Chef d’Etat-Major Général,

A cette pertinente question vous avez donné une réponse extraordinaire car riche en renseignements. A ce titre vous avez déclaré que Nkurunziza ne peut pas perdre les élections car vous avez la complicité de la Commission Electorale Nationale indépendante ! En langue nationale vous avez dit : «  Twaripanze bihagije ! Ntakuntu Prezida yotsindwa ! CENI turi en étroite collaboration, baraziko tudategerezwa gutsindwa ! » Merci mon Général ! Merci pour cette révélation précieuse qui confirme ce que Pierre Claver Ndayicariye avait déclaré en d’autres termes. Mais par cette révélation vous venez de poignarder le Président Nkurunziza et Pierre Claver Ndayicariye en mettant à nu leur plan «  secret » de fraude électorale.

Monsieur le Chef d’Etat-Major général,

Le groupe mafieux d’Adolphe Nshimirimana et d’Alain Guillaume Bunyoni vous pousse à la faute par ces agissements qui compromettent l’unicité de l’action de l’armée. Pourtant en 2012, à votre nomination à ce prestigieux poste, vous étiez très appréciés par le corps de l’armée. Mais pour vous tenir par le bout du nez, ces deux mentors vous ont poussé dans l’enrichissement illicite. Ainsi en moins de trois ans vous avez une villa à Carama, une villa à Kinanira, une villa en construction à Bugarama, deux hangars à Bubanza et une villa rénovée à Gihosha. A moins de trois ans vous êtes passés de l’officier intègre à l’officier corrompu. Peut-être vous ne le savez pas, mais aujourd’hui, à l’armée vous portez le surnom de « YABU », allusion faite à un chat qui boit tout le lait des enfants des militaires qui sont en mission de maintien de la paix à l’étranger.

Monsieur le Chef d’Etat Major Général,

Pour vous enfoncer dans cette sale besogne d’instrumentaliser l’armée, Nshimirimana Adolphe, Alain Guillaume Bunyoni et le président Nkurunziza vous font miroiter des promotions multiple. Ainsi on vous promet d’entrer au Gouvernement à la tête du Ministère de la Défense ; on vous murmure à l’oreille que si la rue devient forte contre le troisième mandat, Nkurunziza et son club vont monter un coup d’Etat et vous deviendrez le Président de la République ! Je vous en conjure toutes ces promesses sont autant vides que dangereuses.

Dès lors il est grand temps de vous ressaisir et de revenir à la raison. Regardez autour du Président Nkurunziza, tout s’effondre ! L’évasion du célèbre prisonnier Hussein Radjabu, ce 1er mars 2015 est une preuve irréfutable que le pouvoir finissant du président Nkurunziza que vous défendez est une coquille vide. Changez votre fusil d’épaule à temps ! Prenez le courage à deux mains et présentez votre démission. Par cette action, vous aurez contribué à l’écriture de la nouvelle page de l’histoire burundaise ; vous aurez redoré votre image et surtout rendu un grand service à l’armée burundaise qui a besoin de cohésion et non de division en ce moment précis.

Dans l’attente d’une suite favorable à ma lettre ouverte, je vous prie d’agréer, Monsieur le Chef d’Etat-Major Général de l’Armée, l’expression de ma considération distinguée.

 

(Sé) Pancrace CIMPAYE,

Un citoyen préoccupé par la tension qui prévaut au Burundi.

CITATION DU 4 MARS 2015

 » Il nous manque un organe de contrôle, il faut que les Nations Unies créent une Cour Constitutionnelle Internationale qui aura pour fonction de contrôler les constitutions des Etats et leurs pratiques électorales par rapport à leurs engagements internationaux » Moncef Marzouki, ancien Président Tunisien