29 Avril 1972: Hommage ou vengeance?

L’oligarchie de Bujumbura a dédié la semaine du 24 au 31 avril 2016 à la célébration du génocide hutu de 1972. Banderoles et t shirts ont été arborés dans la ville de Bujumbura ce vendredi 29 avril 2016.

A cette occasion les victimes qui espéraient hommage ,justice et réparation n’ont eu droit qu’à des manifestations d’une propagande de haine ethnique et de désir de vengeance; bref l’événement a été travesti et transformé en une campagne politique devant tenter de rallier desperemment la majorité hutu derrière la dictature de Nkurunziza. Et pour preuve Nkurunziza qui est au pouvoir depuis 2003, pendant ces 13 ans il n’a jamais  évoqué cette date fatidique du 29 avril 1972. Aujourd’hui il s’en souvient non pas pour la compassion ou pour un devoir de mémoire, mais comme une arme à utiliser pour déchirer de plus belle le tissu social burundais. Par ce geste, Monsieur Pierre Nkurunziza vient de démontrer qu’il rêve d’un Burundi divisé; plus grave et terrifiant c’est que pour garder son pouvoir maudit, Nkurunziza Pierre rêve d’une confrontation entre les hutu et les tutsi.

Tout compte fait cette célébration en mémoire des seuls victimes hutu de 1972 est un manque de respect pour les survivants et une insulte pour la mémoire des disparus. Voilà pourquoi les participants à ce cirque de Nkurunziza n’étaient pas nombreux hier à Bujumbura!

La seule note positive autour de cette célébration vient de Bruxelles. En effet depuis longtemps,une diaspora burundaise de Belgique a toujours célébré la date du 29 avril. Cette cérémonie est toujours articulé autour d’une messe en la mémoire des victimes et un verre d’amitié. « Pendant 10 ans de règne de Pierre Nkurunziza, je n’ai jamais vu un seul représentant de l’ambassade du Burundi à Bruxelles » confie un fidèle participant à ces cérémonies.

Je rends un grand hommage mérité au sage Ntamahungiro Joseph et à Monsieur Ntacorigira Victor qui ont toujours organisé ces cérémonies à Bruxelles sans tambour ni trompette. Toujours guidés par la recherche de la vérité,  la réparation et  la réconciliation. Chapeau à cet hommage qui refuse la vengeance! Malheur à celui qui utilise le drame de 1972 pour diviser le peuple burundais.

(Sé) Pancrace Cimpaye.

CITATION DU 30 AVRIL 2016

 » Je suppose que le leadership à un moment donné voulait dire les muscles; mais aujourd’hui ça veut dire s’entendre avec les gens autour de vous » Gandhi

Un an après le début de la crise, le Burundi vers une reprise du dialogue?

Le facilitateur dans la crise burundaise, l’ancien président tanzanien Benjamin Mkapa, s’apprête à relancer le dialogue pour tenter de mettre fin aux violences. Il vient de donner rendez-vous aux protagonistes du conflit burundais en début de semaine prochaine, deux mois après sa nomination le 2 mars pour prêter main-forte au médiateur ougandais, le président Yoweri Museveni, alors que ce processus était en panne. Mais beaucoup de zones d’ombre demeurent, alors que cela fait un an aujourd’hui que le Burundi est plongé dans une profonde crise politique depuis l’annonce par le président Pierre Nkurunziza de se représenter à un 3e mandat.

L’ancien président tanzanien annonce la reprise du dialogue interburundais en panne depuis des mois du 2 au 6 mai à Arusha dans le nord de la Tanzanie, une ville qui a abrité les négociations qui ont abouti en 2000 à un accord de paix qui a mis fin à la guerre civile au Burundi.

Jusqu’ici, la reprise des pourparlers de paixs’est heurté au refus du gouvernement burundais de s’asseoir à la même table que le Cnared, qui regroupe la quasi-totalité des partis d’opposition, de discuter du 3e mandat du président Pierre Nkurunziza ou encore, d’aller négocier dans la ville-symbole d’Arusha.

Que va-t-il se passer cette fois ? La présidence burundaise assurait il y a deux jours ne pas encore être au courant de cette relance, alors que l’opposition regroupée au sein du Cnared exige d’être invité sous ce label.

Pour le moment, « la situation est encore confuse » reconnaît une source proche de la médiation. Les invitations commencent à peine à être envoyées, l’agenda de ces cinq jours de discussion n’est pas connue : cette source reconnaît que « le défi est immense sur le plan de l’organisation ».

Le facilitateur tanzanien a donc prévenu, il espère que « toutes les parties prenantes » seront présentes à cette session, qu’il qualifie lui-même d’ « inaugurale ». Mais les nouvelles rébellions burundaises ne seraient pas invitées selon un diplomate onusien, qui estime que « le chemin est encore long avant un accord de sortie de crise », alors que le Burundi vient d’entrer dans sa deuxième année de turbulences politico-sécuritaires.

Une année de crise

Il y a un an aujourd’hui, le Burundi plongeait dans une violente crise politique. Le 26 avril 2015, Elvis, 25 ans, et Jean, 18 ans, sont les deux premiers manifestants tués par balle. La veille, le CNDD-FDD vient d’officialiser la candidature du président Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat, en dépit de l’accord d’Arusha et de la pression nationale et internationale. Ces deux victimes marquent le début la répression sanglante des manifestants, rapidement qualifiés d’insurgés par le pouvoir.

Une seconde phase commence le 13 mai avecla tentative de putsch menée par plusieurs généraux. Suite à cet échec, les manifestations faiblissent et la répression se durcit. Journalistes et opposants sont de plus en plus nombreux à devoir s’exiler.

Après la réélection du président, une nouvelle phase commence à l’été 2015 : l’assassinat du général Nshimirimana, considéré comme le numéro 2 du régime, marque le début d’une longue série d’assassinats ciblés. Les attaques à la grenade se multiplient et, en réponse, la traque aux opposants s’intensifie, instaurant un climat de terreur dans les quartiers contestataires.

Autre date clef, le 11 décembre et l’attaque simultanée de plusieurs camps militaires, suivie d’une répression violente qui fait au minimum 79 victimes. Après ce pic, la tension se fait moins spectaculaire : les disparitions sont de plus en plus nombreuses alors que témoins et ONG évoquent l’existence de fosses communes.

De leur côté deux groupes rebelles armées se structurent et s’organisent : Forebu et RED-Tabara. Après une période de calme apparent, les assassinats ciblés reprennent au printemps 2016 avec la mort du lieutenant-colonel Darius Ikurakure ou encore lundi 25 avril, celle du général Kararuza. Un signe que la peur règne dans les deux camps.

COMMUNIQUE DE PRESSE DU CNARED GIRITEKA

1. Du 23 au 25 avril 2016, le Directoire du CNARED-GIRITEKA s’est réuni en une

session extraordinaire en Belgique pour renouveler son Comité Exécutif en fin de

mandat et réactualiser sa feuille de route de lutte contre le pouvoir de facto de

Bujumbura.

2. Au terme des élections, voici le nouveau visage du Comité Exécutif :

1°. Dr. Jean Minani : Président

2°. Hon. Bernard Busokoza : Premier Vice-Président.

3°. Hon. Onésime Nduwimana : Deuxième Vice-président.

4°. Monsieur Anicet Niyonkuru : Secrétaire Exécutif

5°. Maître François Nyamoya : Commissaire chargé du processus de paix et des

négociations.

6°. Monsieur Alexis Sinduhije : Commissaire chargé des questions de défense et de

sécurité.

7°. Madame Aline Ndenzako : Commissaire chargée des droits de l’homme et des

questions humanitaires.

8°. Monsieur Gervais Rufyikiri : Commissaire chargé des questions diplomatiques.

9°. Hon. Joseph Ntidendereza : Commissaire chargé des questions de finances, de la

mobilisation des fonds et de la logistique.

10°. Maître Jérémie Minani :Commissaire chargé de la communication et des

relations publiques.

11°. Hon. Frédéric Bamvuginyumvira : commissaire chargé des questions politiques et

des relations avec les autres forces vives du pays.

12°. Monsieur Pancrace Cimpaye : Porte-Parole.

13°. Hon. Léonce Ngendakumana : Chargé du pôle Burundi.

14°. Hon. Jérémie Ngendakumana : Chargé du pôle Afrique.

3. Le Directoire a réactualisé sa feuille de route des négociations. Il profite de cette

occasion pour réaffirmer qu’il répondra au rendez-vous d’Arusha annoncé par le

Médiateur Benjamin Mkapa.

 Fait à Bruxelles, le 26 avril 2016

Pour le CNARED

Pancrace Cimpaye

Porte-Parole.

Olusegun Obasanjo : « Les dirigeants africains sont responsables de l’insécurité sur le continent »

En Afrique, les conflits armés font désormais moins de morts que les accidents de la route. C’est le constat de l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, qui participait au Forum de Tana sur la sécurité en Afrique, qui s’est tenu dans la ville éthiopienne de Bahir Dar les 16 et 17 avril. La précision n’en est pas moins préoccupante, mais elle met l’accent sur l’amélioration de la situation sécuritaire. L’Afrique reste toutefois le continent où 80 % des opérations de maintien de la paix dans le monde sont déployées. Pendant deux jours, dirigeants, diplomates et chercheurs africains se sont livrés à un exercice d’introspection en questionnant la place de l’Afrique dans l’agenda sécuritaire mondial. L’ancien général et chef d’Etat du Nigeria Olusegun Obasanjo, président du Forum de Tana, fait le point pour Le Monde Afrique.

L’Union africaine (UA) répète souvent que seule l’Afrique peut trouver des solutions aux problèmes de l’Afrique. En matière de paix et de sécurité, le continent est encore largement dépendant du financement des puissances extérieures. Est-ce un frein à la réalisation de cette vision ?

Olusegun Obasanjo L’Afrique ne peut pas être prise au sérieux dans l’agenda sécuritaire mondial si elle ne finance pas sa propre sécurité. Les Etats membres de l’UA doivent commencer par payer leur contribution au budget de l’organisation et aux opérations de paix, car notre dépendance à l’égard des donateurs étrangers limite notre marge de manœuvre et notre autonomie politique. C’est une question de volonté politique et de leadership.

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Cela ne signifie pas pour autant que la communauté internationale ne doit pas être impliquée dans la résolution des problèmes du continent. Elle peut être un partenaire. Mais les Africains doivent être en première ligne. Nous sommes les mieux à même de régler les conflits sur notre sol parce que nous savons mieux que quiconque de quoi il retourne. Le passé nous prouve que nous sommes capables de trouver des solutions. La décolonisation était une solution africaine. Nos dirigeants n’ont pas hésité à prendre les armes face à certaines puissances coloniales qui rechignaient à nous donner notre indépendance. De la même façon, lors de la guerre civile de Sierra Leone et du Liberia dans les années 1990, le contingent nigérian était au premier plan de la supervision des cessez-le-feu dans les pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) avec l’Ecomog. Et notre engagement nous a permis d’obtenir le soutien de partenaires extérieurs à l’Afrique.

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Vous dites que l’ingérence occidentale a été la cause de conflits en Afrique en prenant l’exemple de la Libye. L’Afrique a-t-elle sa part de responsabilité dans le désordre libyen ?

Nous pouvons blâmer nos dirigeants qui n’ont pas suffisamment de force politique, diplomatique et militaire pour imposer des solutions africaines aux conflits qui minent notre continent. Nous, les Africains, souhaitions que la transition se déroule dans la paix et la stabilité en Libye. Nous avions une position commune claire qui a été rejetée par nos partenaires. La communauté internationale a décidé de déloger Mouammar Kadhafi. Barack Obama a lui-même estimé que sa pire erreur en tant que président américain était d’avoir échoué dans le suivi de l’intervention en Libye. La situation est désormais chaotique sur le terrain, sans compter les répercussions sur la sécurité au Mali, dans la région du Sahel et au Nigeria. Comment pouvons-nous parler de solutions africaines aux problèmes africains si nous sommes incapables d’agir ? Les dirigeants africains aussi sont responsables de l’insécurité sur le continent.

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Lors du sommet de janvier, l’UA a finalement renoncé à envoyer une force de maintien de la paix au Burundi, compte tenu de la réticence de certains chefs d’Etat africains et du refus catégorique du président Nkurunziza. L’organisation panafricaine a-t-elle perdu de sa légitimité ?

Je ne dirais pas que l’UA a perdu de sa légitimité, mais de son intégrité. Elle a reculé après le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement en adoptant une position qui encourage virtuellement ce qui se passe au Burundi. Et cela fait de l’Afrique la risée du monde. L’UA doit avoir plus d’assurance et être à la hauteur de ses responsabilités pour sauver la vie d’Africains avant qu’il ne soit trop tard. Nos dirigeants doivent collectivement trouver la volonté politique pour apporter une solution rapide et durable à la situation au Burundi. Les caprices de présidents déraisonnés ne doivent pas primer sur les intérêts des Africains.

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Le gouvernement de votre pays, le Nigeria, lutte contre les terroristes de Boko Haram. Quel regard portez-vous sur la politique sécuritaire du président Muhammadu Buhari, élu en mars 2015 ?

Les choses ont changé depuis son arrivée au pouvoir. Le président Buhari a remporté des succès militaires considérables contre Boko Haram. Il doit suivre cette voie et immédiatement investir dans le développement socio-économique des zones libérées du joug des terroristes. En Afrique, les inégalités, le chômage, le manque d’éducation et d’infrastructures sont autant de fléaux qui peuvent encourager les groupes terroristes. Les populations marginalisées ont recours à la violence pourexprimer leur mécontentement. C’est une menace pour la paix et la sécurité du continent.

 

COMMUNIQUE DE PRESSE : BURUNDI – COUR PENALE INTERNATIONALE – LES AVOCATS DES FAMILLES DES VICTIMES DEPOSENT PLAINTE CONTRE LE PROCUREUR GENERAL DU BURUNDI AUPRES DU BUREAU DU PROCUREUR DE LA COUR PENALE INTERNATIONALE A LA HAYE

Il y a peu, le Procureur général du Burundi a rédigé un communiqué de presse suite à l’annonce effectuée par les avocats de 60 familles de victimes d’exécution extra-judiciaires au Burundi.

Ce communiqué du Procureur général du Burundi est joint en annexe à la présente.

Ce faisant, le Procureur général du Burundi tente d’entraver l’action des familles de victimes auprès de la Cour pénale internationale.

Son communiqué est, très clairement, une menace tant à l’égard des familles que de leurs avocats.

Par ailleurs, les avocats rappellent également que le Procureur général, comme toute autorité judiciaire en charge des poursuites dans un pays a la faculté d’ouvrir et de gérer d’office les dossiers concernant les assassinats intervenus dans son pays.

La défense constate que le communiqué du Procureur général est l’aveu qu’il ne semble pas avoir ouvert les dossiers et cet aveu conforte la position des avocats de la défense qui estiment crédibles les accusations formulées par leurs clients selon lesquelles les autorités judiciaires burundaises étouffent la recherche de la vérité dans les dossiers des exécutions extra-judiciaires et font des pressions illégales sur les familles de victimes.

Dans ces conditions, les avocats de la défense ont déposé plainte à l’encontre du Procureur général du Burundi devant le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale pour entrave à la justice de la Cour.

Ils ont également demandé au Bureau du Procureur d’être attentif de mettre en place le mécanisme de protection des victimes et des familles des victimes dans le cadre de ces enquêtes et, éventuellement des procédures judiciaires qui s’en suivront.

Paris et Bruxelles, le 21 avril 2016

-Bernard Maingain

Avocat au Barreau de Bruxelles

-Lef FORSTER

Avocat au Barreau de Paris

-Armel NIYONGERE

Avocat au Barreau du Burundi