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COMMUNIQUE DE PRESSE : CRIMES CONTRE L’HUMANITE AU BURUNDI

Il y a huit jours, nous avons entamé la présentation de notre rapport concernant les assassinats de civils, lors de la première session du tribunal Russel sur le Burundi. Celui-ci reprenait la liste des personnes assassinées par les forces de l’ordre, les services de la documentation et les milices parallèles. Nous avions montré la lente montée de ces exécutions extrajudiciaires depuis de nombreuses années, les causes profondes de cette montée de la criminalité d’Etat et nous avions détaillé les événements intervenus depuis le mois d’avril dernier.

Tous les indicateurs démontrent que depuis le début du mois de septembre 2015, les assassinats augmentent encore, le nombre et l’ampleur de ceux-ci prenant une dimension tragique.

Hier soir, une fois encore, comme tous les soirs, nous avons été alertés par des témoins particulièrement courageux. Leur voix anonyme ne peut être maintenue silencieuse.

A Mutakura et Cibitoke, des services de police sont descendus en force. Des personnes civiles ont du s’allonger à même le sol. Elles étaient désarmées.

Plusieurs personnes ont été désarmées et ce matin, l’on nous a fait  tenir les photos de corps sans vie retrouvés dans la ville. Les photos ci-jointes en sont l’illustration et ne sont pas exhaustives. Ce sont des corps de presonnes arrêtées la veille selon nos informateurs.

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Nous rappelons que par leur caractère systématique, ces exécutions mises en œuvre selon nos informateurs par des services de l’Etat ou par des services soutenus par l’Etat, constituent des crimes contre l’humanité répréhensibles au titre de l’article 7 du Traité de Rome portant statut de la Cour pénale internationale.

Les autorités militaires, policières et judiciaires du Burundi sont tenues d’enquêter et de procéder à l’arrestation des auteurs, coauteurs et complices de ces crimes.

Désiré UWAMAHORO, responsable de la Police a été photographié à Mutakura. Il doit être convoqué et auditionné. Au besoin, il doit être suspendu dans l’exercice de ses fonctions dans l’attente de la tenue d’une enquête concernant les événements survenus hier en soirée.

Il faut analyser la chaine de commandement. Des crimes contre l’humanité d’une telle ampleur ne peuvent être commis sans assentiment de responsables politiques. Les ministres de l’intérieur et de la Défense sont les premiers responsables de cette chaine de commandement et ils doivent s’expliquer : quand ont-ils été informés de ces événements, quels instructions ont-ils donné ???

Le procureur général ne peut se dérober à ses responsabilités au niveau judiciaire, à peine d’être concerné par des poursuites également. Les crimes contre l’humanité ne peuvent rester impunis et l’absence d’enquête sérieuse et d’arrestation des responsables dont certains sont bien connus de la population, s’apparente à une complicité de crime contre l’humanité.

Les défaillances de l’appareil d’Etat et c’est peu dire, justifient une réelle intervention de la communauté internationale. En effet, les crimes d’Etat commis actuellement tous les jours à doses bien calculées, obligent à quitter le stade de l’incantation oratoire.

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Une mission doit être envoyée au Burundi par les Nations Unies pour enquêter sur les crimes commis actuellement. La Cour pénale internationale doit avancer de façon ostensible et active dans la gestion de ce dossier et les premiers mandats d’arrêts doivent être délivrés.

Le procureur général du Burundi doit être sommé de participer aux efforts de justice.

L’Union européenne doit élargir la liste des personnes sanctionnées par elle en ce qui concerne la délivrance de visas et le gel des avoirs. Les mêmes mesures doivent être prises parallèlement par l’Union Africaine et les Etats Unis.

Les responsables politiques qui dirigent les policiers, militaires, membres de services de documentation et les chefs des milices doivent être visés par ces mesures.

L’east african community ne peut rester indifférente à cette situation tragique.

Le gouvernement burundais dont la légalité pose d’ailleurs problème, doit être mis en demeure de prouver sur terrain l’arrêt complet des exécutions extrajudiciaires dans les 24 heures et l’ouverture d’une enquête digne de ce nom. Des services de police et de justice peuvent être envoyés par les pays bailleurs de fonds en renfort pour soutenir un travail impartial et sans concession pour quiconque.

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Nous l’avons dit et répété. Nous sommes prêts à collaborer avec nos réseaux de centaines voire de milliers de courageux citoyens qui nous informent quotidiennement.Nous sommes prêts à nous rendre sur place pour participer à ce travail au nom des familles des victimes. Pour soutenir ce travail, il faut du courage politique.

Enfin, depuis des années, nous réclamons la mise en route d’une procédure de protection des témoins. Ces demandes accueillies avec le sourire et la bienveillance, n’ont jamais abouti à la mise en place de programmes concrets de protection des témoins alors qu’il s’agit d’un enjeu vital pour la progression de l’Etat de droit. Actuellement, nos témoins n’osent pas parler par crainte de représailles et on les comprend.

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Aujourd’hui, les crimes contre l’humanité commis dans ce pays justifient une prise de responsabilité et des mesures courageuses.

Nous le disons sans détour : la descente aux enfers du Burundi est en cours. La lâcheté est un crime moral, la première forme de complicité.

 

 

Bernard Maingain

Avocat au Barreau de Bruxelles

Rapporteur sur les assassinats et exécutions extrajudiciaires

Au Tribunal Russel sur le Burundi

 

 

 

e-mail : bm@xirius.be

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