bob_rugurika

Le directeur en exil de la Radio publique africaine raconte le muselage du pays alors que se déroule lundi un simulacre de législatives

C’était le 19 février dernier, à Bujumbura. Des milliers de Burundais descendaient dans les rues de la capitale du pays pour saluer la libération de Bob Rugurika, journaliste ayant passé un mois derrière les barreaux pour avoir enquêté sur une affaire impliquant de hauts responsables du régime. Il aura fallu des pressions internationales pour le faire libérer.

Aujourd’hui, le directeur de la Radio publique africaine, média connu comme l’une des voix les plus critiques du pays, est contraint de vivre en exil. La radio n’émet plus, ses locaux ont été incendiés à la mi-mai par les milices du pouvoir, au moment le plus fort de la contestation. Bob Rugurika était ces jours-ci de passage à Genève, collaborant avec l’ONG TRIAL, laquelle s’emploie à documenter depuis quatre ans la situation burundaise. Alors que se déroulent lundi des élections législatives contestées (lire ci-dessous), qui doivent être suivies de la présidentielle le 15 juillet, il témoigne des méthodes utilisées par le clan Nkurunziza pour prolonger son pouvoir.

Pierre Nkurunziza n’est pas prêt à renoncer à son troisième mandat présidentiel malgré la révolte et les pressions internationales. Pourquoi cet entêtement?

Pierre Nkurunziza ressemble à nombre de présidents africains qui n’ont tout simplement pas acquis la culture du partage du pouvoir. Mais au Burundi, il y a surtout la peur d’un clan qui, contrairement à ce qui s’est fait dans d’autres pays, n’a pas su négocier sa sortie avant qu’il ne soit trop tard. Ce clan craint les poursuites judiciaires pour des crimes, très graves, qui ont été commis durant ses dix ans de règne et se retrouve maintenant dans une logique de fuite en avant. Il y a aussi la volonté de garder la main sur le pillage du pays. Le Burundi possède des minerais, c’est la troisième plus grande réserve de nickel, mais en l’espace de dix ans, il est devenu le troisième pays le plus pauvre de la planète et l’un des plus corrompus d’Afrique. D’où ce sentiment de grande injustice qui a gagné la population.

On sait les médias burundais sous surveillance. Quelles enquêtes, en particulier, vous ont attiré des ennuis?

Dès le début du premier mandat présidentiel, le pouvoir s’est employé à éliminer toute opposition politique. Avec une particularité: on retrouve dans quasi toutes les affaires l’implication de l’ex-patron du service des renseignements, Adolphe Nshimirimana. La Radio publique africaine a documenté ces faits, ce qui nous a parfois conduits à devoir quitter le pays. Massacres de civils et d’activistes, complots judiciaires pour faire tomber des opposants, opérations pour armer de jeunes miliciens, trafic d’armes et de minerais, il y a eu beaucoup d’exactions entre 2006 et 2010.

A partir de 2011, l’épuration de l’opposition s’est encore accélérée, parce que celle-ci commençait à vraiment s’organiser. Les crimes ont alors atteint une autre dimension, avec des exécutions extrajudiciaires massives. Un dossier onusien documente 183 cas. Et puis, en septembre, trois sœurs italiennes ont été sauvagement assassinées pour avoir été les témoins de l’entraînement des milices burundaises en République démocratique du Congo. En janvier, on a sorti des témoignages montrant l’implication d’éléments du pouvoir, c’est là que j’ai été arrêté.

Que reste-t-il aujourd’hui de l’opposition et des voix critiques au Burundi?

L’opposition civile avait tous les atouts pour mener une campagne politique, mais elle a été complètement affaiblie par la brutalité du parti au pouvoir. Sur la trentaine de leaders de l’opposition, une vingtaine est sous mandat d’arrêt. Il faut rappeler que 600?personnes sont toujours détenues suite aux manifestations de mai. Beaucoup d’activistes de la société civile sont partis en exil avec les 120?000 Burundais qui ont déjà fui. Les autres se terrent, muselés par la peur. Quant aux médias indépendants, ils n’existent plus depuis mai, ils ont été éliminés. Le pouvoir a fermé toutes les portes de l’espace démocratique, laissant s’installer une situation de guerre.

La dimension ethnique, avec le spectre d’un retour du conflit entre Hutu et Tutsi, pourrait-elle émerger dans ce contexte de tension extrême?

Le régime a tenté d’utiliser ce levier, et le dernier signe à cet égard est l’alliance passée entre les miliciens hutu du FDLR actifs en République démocratique du Congo, ceux-là même qui ont participé aux massacres au Rwanda en 1994, et les milices burundaises. Mais ce levier ne fonctionnera pas. Car depuis les accords d’Arusha (ndlr: qui ont mis fin en l’an 2000 à une guerre au Burundi ayant fait 300?000 morts entre Hutu et Tutsi), la question ethnique est apaisée. Le cœur de la bataille politique se situe bien au sein même de la majorité hutu, où les héritiers de la rébellion du Front national de libération s’opposent au pouvoir en place. On trouve aujourd’hui au Burundi aussi bien des Hutu et des Tutsi côte à côte dans l’opposition, et des Hutu et des Tutsi qui se sont alliés pour piller le pays.

De quelle marge dispose la communauté internationale pour faire entendre raison à Pierre Nkurunziza?

Elle est étroite, parce qu’elle a bien trop tardé à réagir. Après les accords d’Arusha, la communauté internationale croyait accompagner un régime faible vers la consolidation de la paix. Cette posture l’a conduite à fermer les yeux sur les exactions du régime. Bien trop longtemps, si bien qu’il est trop tard pour la négociation. Ce qu’il faut, maintenant, c’est que les mécanismes de surveillance internationale se mettent en place dans une perspective de réduction des risques. L’Union africaine prévoit l’envoi sur le terrain d’experts militaires et d’observateurs, il faut que ce processus s’accélère. Car sans intervention, le régime poursuivra ses crimes.

Elections boycottées

Matériel électoral incendié, explosions de grenades, assassinats, défection du président de l’Assemblée nationale: le climat était tendu ce week-end au Burundi, où doivent se tenir aujourd’hui des élections législatives et régionales boycottées par l’opposition.
Le gouvernement burundais a cependant confirmé que les élections se tiendraient lundi. Ignorant les appels de l’opposition, de la société civile et de la communauté internationale à reporter les scrutins compte tenu de la grave crise que traverse le pays depuis l’annonce de la candidature du chef de l’État, Pierre Nkurunziza, à la présidentielle du 15 juillet.

L’officialisation de cette candidature à un troisième mandat – Pierre Nkurunziza a déjà été élu en 2005 et 2010 – a déclenché un mouvement de contestation populaire, surtout dans la capitale, Bujumbura, mais aussi dans quelques villes de province, violemment réprimé par la police. Des manifestations, longtemps quotidiennes, ont aussi été émaillées de heurts avec la Ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure, qualifiée de «milice» par l’ONU. Au moins 70?personnes sont mortes dans les violences liées à la contestation, selon une ONG de défense des droits de l’homme burundaise. Mais plus de 100?000 Burundais ont aussi fui ce climat délétère et rejoint les pays voisins. La semaine qui vient de s’écouler a été marquée par un regain de tension. Ce week-end encore, trois morts ont été dénombrés à Bujumbura.

Et le chaos semble désormais s’étendre au sein même du parti au pouvoir: le président de l’Assemblée nationale, deuxième personnage de l’Etat, a annoncé hier s’être réfugié en Belgique. Il y a dénoncé le «forcing» électoral de Nkurunziza.
ATS

1 réponse
  1. Rose Hakizimana
    Rose Hakizimana dit :

    Ingorane Uburundi bwagize nukuronka Nkurunziza nk umukuru w igihugu ninkigihano twaronse
    LA bande des bandi des crimunels des voleurs bamwe Umuganwa Rwagasore yasiga avumwe we yabita Imbunuza Abambuzi reka baje imbere y intahe Nkurunziza yaciriwe Urubanza rwo gupfa imbere akiri mw ishamba kubera Ubwicanyi butagira izina yakoze none raba ingene yihaye ibara Mu kirundi ngo[AKATOKE KAMENYEREYE KUKOMBA KAMA GAHESE]Kandi ngo INKIRE NTIKIRA KABIRI kandi ngo [AGASOZI K INTABARIGWA KAHIYE ABAGABO BARORERA] Reka yibere imbwa mujeri,yikindire agaramye canke yubamye nkuko yama avyivugira

    Répondre

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *