Lettre ouverte du Président Melchior Ndadaye,héros de la démocratie, au Président Pierre Nkurunziza

FeuMelchiorNdadaye                                                                                                                                   Premier Président Burundais

Démoratiquement élu.

HEROS DE LA DEMOCRATIE.

 

 

Objet: Lettre ouverte au Président Pierre Nkurunziza.

 

Monsieur le Président,

Le sang des innocents qui est en train de couler à flots  crie très fort à tel enseigne que nous ne pouvons plus fermer l’oeil au Ciel. C’est ce sang des innocents qui crie vengeance au ciel qui me pousse à t’adresser la présente. C’est également la détresse que je perçois dans les coeurs de tous les burundais, y compris dans ta propre garde, qui me pousse à venir à toi! C’est tes enseignements de haine ethnique qui risquent de réveiller les vieux démons qui me poussent à tirer la sonnette d’alarme! C’est aussi la renaissance du dialogue dévastateur des armes à feu qui dicte ces quelques lignes!

Monsieur le Président,

Au lendemain de mon assassinat, le 21 octobre 1993, vous avez pris les armes, paraît-il, pour défendre la démocratie qui venait d’être tuée dans l’oeuf. Pendant 10ans, toi et tes camarades avez mené une lutte acharnée pour la renaissance et la protection de cette démocratie. Ce noble combat a été salué et soutenu par le peuple burundais qui avait goûté, pendant quelques jours, en 1993, aux délices de la Démocratie. Cette gratitude s’est exprimée à travers ton élection à la magistrature suprême en 2005 et en 2010.

Cependant depuis que tu es à la tête du Burundi, je ne cesse de percevoir une douleur atroce de mon peuple. Le deuil et la privation sont devenus le pain quotidien des burundais pendant que la joie, le bonheur reste un privilège réservé à toi et à ton petit cercle d’amis.Est-ce la finalité de ce combat des dix ans? Avez-vous passé dix ans au maquis avec tant de sacrifices en vies humaines pour créer une petite classe de bourgeois sur le dos du peuple burundais qui broie du noir? Les spécialistes en la matière évaluent ta fortune à plus ou moins 500 millions de dollars américains, rien qu’en dix ans au pouvoir! Tu es devenu l’homme le plus riche du Burundi! L’homme politique le plus riche du Burundi de tous les temps! Etait-ce, celui-là, votre rêve, votre objectif? Est-ce ça l’essence de la libération et de la protection de la démocratie pour la quelle tant de sang a été versé?

Monsieur le Président,

Tu as trahi et travesti l’objet de cette lutte pour la démocratie. Mais depuis le 26 Août 2015, date à laquelle tu as décidé de rempiler pour un troisième mandat, tu m’as poignardé en plein coeur. Pour la deuxième fois tu m’a assassiné. Pour garder le pouvoir tu as déjà sacrifié plus ou moins 1000 burundais tués ( de l’opposition, des forces de défense et de sécurité, de l’administration et les Imbonerakure). Pour garder ce pouvoir maudit plus de 80 milles burundais sont dans des camps de réfugiés dans les pays voisins. Pour protéger tes biens mal acquis tu as déjà plus de 6000 prisonniers politiques.

Monsieur le Président,

A quoi te sert un troisième mandat dans un bain de sang? A quoi te sert un troisième mandat bercé par des cris et des pleurs des veuves et des orphelins? A quoi te sert un troisième mandat qui détruit ton propre parti politique? A quoi sert un troisième mandat qui déchire le tissu social de tout un pays? A quoi sert un troisième mandat qui impose des sanctions économiques contre ton pays? A quoi sert un troisième mandat qui te condamne demain à l’errance comme Caïn de la Bible.A quoi sert un troisième mandat qui condamne tes enfants à vivre avec une honte et une hantise permanentes, et au risque de te renier demain. A quoi sert un troisième mandat qui ré ouvre un front armé de RED-TABARA, de FOREBU et du FNL?

Monsieur le Président,

Dans une tentative désespérée de forcer le soutien d’une partie de burundais, tu es en train de mener une campagne de haine ethnique contre les tutsi. Toi et tes amis vous ne vous gênez pas de déclarer que le fond de cette crise est une volonté des tutsi de revenir au pouvoir. Dans cette campagne odieuse et destructrice, vous vous présentez comme des orphelins de 1972 ayant perdu vos parents par l’épée des pouvoirs tutsi. Est -ce une raison rationnelle de produire à votre tour des orphelins de 2015 et 2016 qui risquent de demander eux aussi à leur tour des comptes à vos enfants? Oui, c’est atroce, vous avez perdu un père, toi, ton Premier Vice-Président Sindimwo et ton deuxième Vice-Président Butore Joseph. Pour votre propre gouverne, Sindimwo Gaston a perdu son père en 1972. Il n’est ni Congolais encore moins tutsi. Je sais que tu le savais. Seul l’UPRONA l’ignorait. Vous êtes donc trois orphelins hutu de 1972 à la tête du Burundi. Vous devriez faire très attention à la donne ethnique.

Vous prenez une grande responsabilité d’attiser la haine ethnique dans un pays qui commençait à panser les plaies des crises cycliques fratricides, les plaies ne sont pas encore cicatrisées et vous vous amusez à les ré ouvrir! Mais vous faites fausse route car si la crise que tu as provoquée était ethnique, les anciens Présidents de la République Sylvestre Ntibantunganya et Ndayizeye Domitien qui sont tous hutu ne seraient pas du côté de ceux qui combattent ta mauvaise aventure de troisième mandat! Si cette crise était ethnique, les anciens présidents du parlement, Léonce Ngendakumana, Minani Jean, Gervais Rufyikiri et Pie Ntavyohanyuma, tous hutu, ne seraient pas du côté de ceux qui combattent ta mauvaise aventure de troisième mandat! Les figures emblématiques de ta communication depuis une décennie, Léonidas Hatungimana et Onésime Nduwimana, qui sont tous hutu font eux aussi partie de l’opposition. Au delà de ces hommes politiques hutu, des compagnons de lutte armée, tous hutu, officiers généraux aujourd’hui, sont aussi opposés à ton aventure. Il s’agit notamment du Général-Major Godefroid Niyombare, ancien patron de tes services secrets, du Commissaire Guillaume Nabindika, ton ancien chef de cabinet chargé des questions de la police, du général de Brigade Moïse Pasteur , ton ancien Chef du protocole. A ce tableau des hutu qui te combattent, il faut garder à l’esprit que le président de toute l’opposition est un hutu qui s’appelle Léonard Nyangoma.

Monsieur le Président,

Dans tes mécanismes de défense, tu accuses le Rwanda voisin, d’être la source des malheurs qui t’accablent. Cette parade que tu as inventée pour échapper à ta propre responsabilité n’a d’autres buts que de dénaturer la nature de la crise qui secoue le Burundi. Dans ta campagne d’inoculer le venin de la haine ethnique dans les coeurs des burundais, tu crois que si tu désignes le Président Paul Kagame du Rwanda comme source du drame que connaît le Burundi, des millions de hutu vont te suivre; c’est peine perdu. Les burundais ne sont plus dupes. Ils savent que pendant dix ans, le Président Rwandais, en voisin responsable, il t’a tenu la main et t’a ouvert certaines portes de la communauté internationale. Il a mis à ta disposition son carnet d’adresses. Pourtant tu étais toujours hutu et il était toujours tutsi! Entre toi et lui qui a trahi l’autre? Il paraît que tu es le champion dans l’art de trahir tes amis. C’est du moins ce que ne cesse de me répéter feu Simon Nyandwi qui est à mes côtés. Cet ancien Ministre de l’intérieur, éminence grise de ton parti, assassiné le 22 mars 2005 par vos hommes de mains est une preuve irréfutable que tu étais prêt à tout pour accéder au trône et y demeurer pour toujours! Il faut donc arrêter d’accuser le Rwanda; assume les conséquences dramatiques de ta soif démesurée du pouvoir avec un bilan largement négatif.

Monsieur le Président,

La seule voie de sortie de cette crise se trouve autour d’une table de négociations avec l’opposition réunie au sein du CNARED-GIRITEKA. En l’absence de cette solution négociée, les mouvements armés RED-TABARA, FOREBU et FNL vont malheureusement te combattre militairement. Tu es mieux placé pour savoir les implications dramatiques d’une telle perspective. Si tu te rappelles encore des raisons qui t’avaient poussé à prendre les armes, épargne le peuple burundais de l’épreuve de revivre encore une guerre civile. Je te conseille vivement de réécouter le discours que j’ai prononcé le jour de mon investiture, le 10 juillet 1993, tu comprendra que tu es loin d’offrir à mon peuple un Burundi Meilleur pour tous, UBURUNDI BUSHASHA!. Tu es en train de dépasser la ligne rouge! Mais tout n’est pas perdu! Tu peux toujours te racheter. Abandonnes ce mandat illégal qui tue. Arrêtes de tuer ton peuple car le sang des innocents qui crie vengeance au ciel sera impitoyable! « Laisse partir mon peuple vers des lendemains meilleurs » comme n’a cessé de le répéter Monseigneur Ntamwana Simon, Archevêque de Gitega.

Avant de terminer, je te passe le bonjour de Simon Nyandwi et des trois soeurs italiennes Olga, Lucia et Bernadette qui ne cessent de prier afin que tu changes ton coeur. Et comme il devient difficile de savoir où tu loges, je te transmets cette lettre par le biais du responsable du site www.mporeburundi.org, monsieur Pancrace Cimpaye.

A bientôt.

Fait au Paradis le 1er mars 2016

(Sé) Melchior Ndadaye

Héros de la démocratie.

 

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