ketty

Poème : « Les petits hommes » par Ketty Nivyabandi

Les animaux ne parlent plus
Les tambours se sont tus
Le Tanganyika s’est lentement éloigné
De ses rives ensanglantées
Par le cauchemar de ces hommes
Dont la petitesse transperce
Le sommeil profond des anciens.
Petits hommes aux appétits de géants
Ils parlent, ils parlent sans cesse
Au noms de petites gens
Dont ils ignorent les noms et les maux,
Et qui elles pourtant,
Les observent du haut front de leurs multiples malédictions.
Ils s’érigent des statues de poussière
Dans leurs demeures illuminées de ténèbres
Ils se mirent dans des glaces éclaboussées de pots de vin
Et sur leurs traces traînent de boueuses empreintes…
Ils parlent, ils parlent sans cesse,
Au nom d’un peuple qu’ils pillent sans merci.
Des bouches de leurs ventres à six têtes,
Il pleut des paroles qui blessent, qui rabaissent,
Des paroles frigides et stériles
Qui pilonnent de leurs longs ongles fourchus
La chair d’une terre hoquetant,
Dont ils sucent sauvagement les seins fanés
Pour quelques gouttes vermeils de vie…
Les animaux ne parlent plus
Les tambours se sont tus
Le soleil pleure l’éclat de ses rayons
Depuis que d’étranges hommes
Des hommes aux petites idées
Des hommes aux petites actions
Des hommes aux petites ambitions
Des hommes sans imagination
Se sont hissés, les uns sur les petites épaules des autres
Et, de la cime de leur ruine,
Ont bandé les yeux à un petit pays
Au teint ombré de crépuscule, qui
Il était une fois,
Rêvait de devenir grand.

2 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *