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Pour un Burundi libre et démocratique

Ce  document constitue  la seconde et dernière partie du texte « Burundi : le désastre » de Nestor Bidadanure, déjà publié sur ce site.

Au cours des trois mois de manifestations, le peuple burundais a surpris le monde par sa maturité et sa retenue. Il n’a pas cédé aux pillages et à la violence aveugle contre les policiers et les miliciens qui, pourtant, n’ont cessé d’attaquer les manifestants. Les quelques dérapages constatés contre les partisans du pouvoir ont vite été dénoncés par les opposants. « Vous avez le droit de vous défendre, disaient les leaders de la société civile, mais jamais celui de malmener les gens fussent-ils les pires criminels ». Résister sans ressembler de près ou de loin aux oppresseurs, telle fut et doit rester la consigne de la résistance burundaise : un véritable combattant de la liberté n’oublie jamais que l’objectif ultime de son combat est la libération de l’opprimé et de l’oppresseur.

Le pouvoir qui cherchait un prétexte pour justifier la répression des manifestants s’est retrouvé face à un mouvement citoyen déterminé et discipliné. Alors que la lutte se poursuivait, des solidarités multiformes furent organisées par des citoyens envers les blessés et les plus pauvres. Le « prends soin de toi » est devenu « prenons soin les uns des autres ». Parallèlement le monde découvrait avec stupéfaction une police qui tirait à balle réelle sur un peuple non armé. Mais d’où venait cette haine des forces de police envers les citoyens qu’elles étaient sensées protéger ? Et comment éviter à la population le choix des armes face à un Etat dont la violence contre les citoyens paraît sans limite ? La réponse à la première question est venue des informations divulguées par les proches du pouvoir qui ont préféré prendre le chemin de l’exil plutôt que de participer à la répression de  leur peuple. On apprendra ainsi que le pouvoir a infiltré dans la police burundaise des miliciens extrémistes issus de la jeunesse du parti au pouvoir, les « imbonerakure » ; que ces miliciens ont été formés clandestinement par les forces génocidaires rwandaises, FDLR, Forces démocratiques de libération du Rwanda, basées dans l’Est du Congo.

Cette collusion entre le pouvoir dictatorial burundais et les forces extrémistes rwandaises n’est pas un hasard. Il relève d’une connivence idéologique avec les radicaux du parti au pouvoir, le CNDD-FDD (Conseil National de Défense de la Démocratie- Forces de Défense de la Démocratie).  Depuis le début des manifestations populaires contre la violation de la Constitution et pour le respect des droits humains, les radicaux du CNDD-FDD ont essayé d’ « ethniciser » le conflit politique au Burundi, sans succès. Le piège ethnique a tellement fauché de vies dans l’histoire burundaise et de l’Afrique qu’il faut une dose particulièrement élevée d’aveuglement pour oser encore emprunter un chemin qui mène droit dans le gouffre.  Alors que le pouvoir cherchait des marionnettes hutu et tutsi à manipuler, il a trouvé face à lui un mouvement de citoyens uni, lucide œuvrant pour le respect des lois et des droits humains. Des citoyens  qui savent désormais que la grandeur d’un être humain se mesure à sa capacité à défendre la justice et à construire la prospérité au sein de la communauté humaine et non aux hasards de sa naissance.

La société civile, les partis d’opposition, les confessions religieuses, les anciens chefs d’Etats, d’éminents hauts fonctionnaires de l’Etat, sans oublier une partie des membres du parti au pouvoir, ont donc tous dit NON à la tyrannie dans leur pays. Par sa cruauté, le pouvoir voulait fabriquer un peuple de soumis et il a au final un peuple rebelle. Frères dans la douleur et frères dans l’espérance telle est la culture sociale qui est en train d’émerger au sein des Burundais au fur et à mesure que la résistance se renforce. Chacun apprend à mettre de côté la suffisance pour épouser l’humilité. L’esprit de courage et d’invincibilité dans la défense du bien commun souffle sur le Burundi.

Les résistants burundais sont au sein du peuple, dans l’armée, dans la police et peut-être même au sein des cercles du pouvoir.  Dans l’ombre, des héros anonymes sont à l’œuvre.  Le serment des forces armées et de la police est de garantir la sécurité du pays et des citoyens et non de protéger la tyrannie. Tirer sur son peuple c’est la ligne rouge que ne doivent plus franchir, à aucun prix, les forces de sécurité ! De même, aucun burundais ne doit accepter d’être transformé en tortionnaire d’autres êtres humains. Qu’importe ce que vous avez été, vous pouvez encore changer, vous révolter et agir pour un Burundi meilleur. Du passé, on ne peut plus grand chose. Mais le présent et l’avenir restent ouverts. Vous pouvez commencer une nouvelle histoire de liberté. Celui qui vous ordonne de torturer et massacrer votre peuple vous déshumanise et ne sera pas là demain pour vous défendre quand vous serez face à vos victimes. En général, quand les tyrans sont arrêtés, ils nient avoir donné les ordres d’exécuter les innocents. Et même s’ils venaient à assumer demain la responsabilité de leurs ordres funestes, vous seriez condamnés pour avoir accepté l’inacceptable. Ne soyez plus les dindons de la farce.  Ne rampez plus, ne hurlez plus avec les loups, agissez pour la libération de votre terre.

Pour que la libération devienne la liberté et l’alternance devienne l’alternative, la lutte en cours au Burundi ne doit – cependant –  pas se limiter au seul renversement de Nkurunziza. Elle doit être une lutte pour un grand projet : un Burundi libre, démocratique et sans exclusion. Un Burundi où les droits humains seront garantis à l’ensemble des citoyens y compris à ceux qui font terriblement du mal aujourd’hui au peuple  burundais. Un pays où les familles des victimes d’hier et d’aujourd’hui connaîtront les circonstances de la mort des leurs. Un pays où chaque victime des crimes présents et passés aura un nom, la reconnaissance de toute une nation. Un pays où les contentieux du passé seront traités d’une manière qui tire la nation vers le haut et non vers le bas. Un pays sans corruption où le peuple pourra vivre dignement; un pays où la justice sera irréprochable et les droits des prisonniers respectés. Un pays où les nouveaux dirigeants ne seront pas là pour dilapider les maigres ressources de l’Etat mais travailleront pour le développement et la prospérité de tous. Un pays qui saura accueillir toutes les expériences de réussite dans le monde tout en inventant son propre développement. Un pays qui fera corps avec ses voisins pour construire une région sans guerre et sans pauvreté. Pour un tel pays, nul ne doit craindre de lutter.

Puisse la communauté internationale, qui dispose des instruments de pression sur le pouvoir de Bujumbura, entendre le cri de souffrance et de résistance du peuple burundais. A notre époque, nul ne devrait oublier que l’indifférence à la souffrance des peuples pour cause de calculs géostratégiques ou de maigres intérêts économiques a toujours été, dans l’histoire la source de terribles tragédies humaines. Ce que les peuples qui souffrent de la tyrannie demandent aux humanistes de tous les pays, ce n’est pas simplement la condamnation des crimes du passé mais bien plus leur opposition aux tyrannies du présent. Car il faut bien le dire c’est aussi à cause de ceux qui savent mais se taisent que le peuple burundais continue de mourir.

Mais que nul ne s’y trompe, la souffrance du peuple burundais révolte de nombreux citoyens dans le monde. Que ce soit en Afrique ou ailleurs dans le monde, ils sont nombreux à être révoltés par les images inouïes des crimes du pouvoir actuel.  Les résistants burundais ne sont pas seuls !

Par Nestor Bidadanure

Philosophe et écrivain

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