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QUI A TUE ADOLPHE NSHIMIRIMANA?

La question est sur toutes les lèvres. Cette préoccupation de savoir la main qui a liquidé le Lieutenant-Général Adolphe Nshimirimana est  devenue une hantise pour ses proches et ses ennemis. Cette préoccupation empoisonne les relations entre le fief du Général, Kamenge, et Nkurunziza. Ce dernier a ordonné, hier soir le 18 septembre 2015, une fouille-perquisition de ce quartier qui avait pourtant renoncé à toute manifestation contre son mandat de trop. Nkurunziza qui a perçu la grogne qui sévit dans ce quartier, redoute une attaque imminente  qui viendrait de ce berceau de la lutte armée de 1993.

Mais avant de répondre à cette question pertinente de l’auteur du crime, il est important de brosser le portait de l’homme qui est parti le 2 Août 2015. Qui était Adolphe Nshimirimana? L’homme qui avait fait main basse sur toutes les affaires du pays était le véritable chef de l’Etat burundais. Et pour cause, tous les collaborateurs de l’ancien président Pierre Nkurunziza ( les vice présidents de la république, les présidents du parlement, les ministres, etc.) sont unanimes sur un point: « A la fin de chaque entretien avec Nkurunziza, son seul commentaire était toujours: je vais soumettre vos propositions à mes conseillers ». « Mes conseillers » voulant dire Adolphe Nshimirimana. Nkurunziza n’avait donc pas le droit de prendre une décision sans s’en référer au Général Adolphe Nshimirimama. Des fois, quand Adolphe échappait aux écrans radars de Nkurunziza, dans une randonnée ou dans des soirées bien arrosées, Nkurunziza devait attendre la réapparition du général empêché ou inaccessible.

A côté de ce pouvoir décisionnaire, Adolphe Nshimirimana est l’homme qui composait les éléments de la garde rapprochée de Nkurunziza. Dans le même registre sécuritaire, c’était lui le véritable patron de la milice Imbonerakure. C’est aussi l’homme qui avait la mission de dompter la composante tutsi afin qu’elle soutienne mordicus la dictature en place. A ce titre, dans ses soirées festives, Adolphe Nshimirimana avait toujours autour de lui un cercle de tutsi, un écran de fumée pour prouver que cette dictature n’est pas ethniste. Et dans cette opération de charme, le général clamait haut ce crédo: » Twiyicira abahutu! Ivyo ntibibaraba! « ( nous ne tuons que les hutu, cela ne devrait pas émouvoir outre mesure la communauté internationale ou les défenseurs des droits de l’homme, ça ne les concerne pas). Et certains naïfs y croyaient!

L’autre pouvoir qu’il détenait, et non pas des moindres, était le pouvoir économique. En effet les contrats ou l’attribution des marchés publics passaient par lui. Il n’est donc pas étonnant qu’on découvre sur ses comptes bancaires une somme colossale de huit milliards de francs burundais( plus ou moins cinq millions de dollars américains) pour un seul homme dans un pays misérable comme le Burundi. Ajoutons à ce tableau  le contrôle des douanes, de l’Office Burundaise des Recettes où il plaçait ses fidèles courtisans.

Cette description des pouvoirs étendus du général Nshimirimana Adolphe ne saurait passer sous silence le fait que la composition du Gouvernement rentrait dans ses prérogatives.En somme le Lieutenant Général Nshimirimana Adolphe faisait ombrage au chef de l’exécutif burundais comme le faisait à l’époque un certain Hussein Radjabu. Et dans les deux cas Nkurunziza sait se débarrasser d’un bicéphalisme qui empiète sur ses plate bandes. Autant dire que l’assassinat spectaculaire du 2 Août 2015 n’a pas besoin d’un Sherlock Holmes pour identifier à qui profite la mort d’Adolphe Nshimirimana.

Au demeurant l’exécution du Général Nshimirimana Adolphe est un signe évident que le Burundi a à faire à un homme froid et impitoyable qui doit être traité comme tel.  Il a raison l’ancien chef de cabinet du Président Ntibantunganya et président de la Commission de suivi de la Crise burundaise, Monsieur Bansubiyeko Mamès qui disait : »Pendant dix ans, le Burundi vient à être dirigé (sic) par un voyou. Comment ça se fait que nous n’ayons rien vu? »De ma part je réalise que le Burundi a été dirigé pendant dix ans par un sanguinaire qui n’hésite pas de poignarder dans le dos ses camarades de combat. La voie de sortie de la crise burundaise passe par la mise à l’écart de ce dangereux personnage. Autrement le Burundi continuera à enterrer ses fils et filles, un bain de sang qui risque d’évoluer en un génocide politico-etnique comme le prédisait l’honorable Léonce Ngendakuma.

(Sé) Pancrace CIMPAYE.