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LE CANADA ACCUSÉ DE PLANIFIER UNE « INVASION »

LE CANADA ACCUSÉ DE PLANIFIER UNE « INVASION »

Le Canada est en train de « concocter » un plan visant à « renverser les institutions démocratiquement élues du Burundi », accuse le parti au pouvoir à Bujumbura.

La récente tournée africaine du ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan, avait pour objectif de préparer « la venue d’une force d’invasion au Burundi », affirme un communiqué publié mardi soir par le Conseil national de défense de la démocratie – Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD).

La tournée du ministre Sajjan, terminée lundi, avait pour objectif d’évaluer le rôle accru que pourrait jouer le Canada au sein des missions de maintien de la paix des Nations unies (ONU).

Accompagné par le lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire ainsi que l’ancienne haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme Louise Arbour, le ministre Sajjan s’est rendu en Éthiopie, au Kenya et en Ouganda, de même qu’en Tanzanie et en République démocratique du Congo, deux pays voisins du Burundi.

Le choix de ces destinations n’est pas « une simple coïncidence », affirme le communiqué signé par le président du CNDD-FDD, Pascal Nyabenda, qui demande aux pays de la région « de rejeter toutes doléances » du Canada concernant le déploiement d’une force onusienne au Burundi ou ailleurs dans la région.

« Les communications des partis politiques au Burundi n’engagent qu’eux », a déclaré à La Presse Willy Nyamitwe, le conseiller en communication du président burundais Pierre Nkurunziza, affirmant ne pas savoir si son patron reprenait à son compte les propos de son propre parti.

Le Burundi est secoué par une violente crise politique depuis la candidature, puis la réélection pour un troisième mandat du président Nkurunziza ; plus de 500 personnes ont été tuées et 280 000 autres se sont réfugiées à l’étranger.

DALLAIRE ET ARBOUR ÉCORCHÉS

Le communiqué écorche au passage le général Dallaire, qui dirigeait la mission de l’ONU durant le génocide au Rwanda voisin, en 1994, l’accusant d’avoir aidé les troupes rebelles de Paul Kagame à prendre le pouvoir à Kigali et de vouloir maintenant soutenir les rebelles burundais.

Le président burundais Pierre Nkurunziza, un Hutu, accuse depuis des mois son homologue rwandais Paul Kagame, un Tutsi, de vouloir déstabiliser son pays.

« Le Canadien Roméo Dallaire revient dans la région pour faire au Burundi ce qu’il a fait au Rwanda. »

— Pascal Nyabenda, président du CNDD-FDD

Louise Arbour est également dénoncée avec virulence, elle qui a été procureure en chef du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

« Tout le monde sait qu’elle a eu la mission au [TPIR] de charger les victimes du génocide », accuse le CNDD-FDD, qui affirme qu’elle voudrait maintenant « monter des accusations contre les autorités burundaises afin de les expédier à [la Cour pénale internationale] à La Haye ».

Ni Roméo Dallaire, ni Louise Arbour, ni le cabinet du ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion n’ont souhaité réagir à ces propos.

« RHÉTORIQUE DE CONSPIRATION »

Les accusations de Bujumbura n’étonnent pas Thierry Vircoulon, conseiller supérieur à l’International Crisis Group, qui y voit la réaction d’« un gouvernement aux abois ».

Les autorités burundaises « se cherchent des boucs émissaires étrangers, estime le chercheur. Ils tirent sur tout ce qui bouge. »

Si cette « rhétorique de conspiration » n’est pas nouvelle, Thierry Vircoulon constate cependant un durcissement du discours des autorités burundaises, qu’il attribue à la dégradation de la situation intérieure.

« Le régime est en grande difficulté », dit-il, évoquant le manque de devises, les problèmes sanitaires comme la multiplication des cas de choléra, les pénuries de médicaments et la violence.

« Et le problème des gouvernements qui arrivent à bout d’arguments, s’inquiète le chercheur, c’est que ça mène à de plus en plus de violence. »

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Burundi : Bujumbura durcit le ton

La crise se poursuit au Burundi et le gouvernement durcit le ton. Il refuse le déploiement de policiers de l’ONU sur son sol et vient de fermer ses frontières avec le Rwanda. Au même moment, les représailles se poursuivent.

« Le gouvernement du Burundi rejette toute disposition de la résolution en rapport avec l’envoi d’une force quelconque sur son territoire », a fait savoir le 3 août dernier le porte-parole du gouvernement burundais dans un communiqué. Une annonce claire et sans appel qui fait suite à la résolution de l’ONU adoptée quelques jours auparavant à l’initiative de la France et qui prévoyait le déploiement de 228 policiers dans le pays pour tenter d’y ramener le calme.

Pour Bujumbura, cette mesure enfreint sa souveraineté. Le gouvernement a même organisé des manifestations devant l’ambassade de France dans la capitale pour la dénoncer. Pourtant, il y a encore quelques temps, le pouvoir burundais se disait prêt à accueillir jusqu’à 50 policiers onusiens. Cette décision du pouvoir burundais montre une certaine « peur », explique Bernard Maingain, avocat indépendant exerçant dans la région des Grands lacs. « Si les policiers (de l’ONU, ndlr) sont courageux et indépendants, ils vont révéler un certain nombre de faits qui se passent au Burundi et que les observateurs indépendants présents sur place révèlent tous les jours ». 

Relations de plus en plus tendues avec le Rwanda

Ces dernières semaines, le gouvernement de Pierre Nkurunziza semble donc avoir durcit le ton vis-à-vis de la communauté internationale, mais pas seulement. Samedi 6 août, il était désormais impossible pour les Burundais de se rendre au Rwanda, pays voisin. Agences de voyages fermées, policiers aux frontières… le président dit vouloir « protéger ses populations » car de nombreux criminels franchiraient les frontières. « Il faut savoir que les relations interpersonnelles dans la région des grands lacs sont séculaires, explique Bernard Maingain. Ce sont des zones où les familles, les amitiés, les relations professionnelles sont permanentes. Prétendre contrôler ces flux là, à mon avis, cela relève d’une lourde utopie ».

Il y a un processus de diabolisation qui est mené par le pouvoir burundais par rapport à Kigali
 Bernard Maingain

Depuis quelques années, le Burundi et le Rwanda entretiennent des relations houleuses. Le gouvernement burundais accuse en effet son voisin de chercher à le destabiliser, notamment en soutenant des opposants burundais. « Il y a un processus de diabolisation qui est mené par le pouvoir burundais par rapport à Kigali », confirme Bernard Maingain. En mai dernier, les autorités burundaises ont d’ailleurs publié un rapport de 25 pages pour démontrer comment le Rwanda tente de s’ingérer dans les affaires du Burundi et arme les rebelles burundais.

Des hommes portent un corps dans le quartier de Nyakabiga à Bujumbura, le 12 décembre 2015. (AP Photo)

Des hommes portent un corps dans le quartier de Nyakabiga à Bujumbura, le 12 décembre 2015. (AP Photo)

Représailles

Pierre Nkurunziza semble vouloir tout contrôler : l’aide internationale, les flux de personnes qui quittent ou entrent sur son territoire mais aussi la presse. Alors que de nombreux médias ne fonctionnent plus depuis le début de la crise en avril 2015, des journalistes sont désormais réprimés ou disparaissent. C’est le cas de Jean Bigirimana, journaliste à Iwacu, disparu depuis le 22 juillet dernier. Sa famille et ses collègues accusent les agents du Service national de renseignement de le retenir enfermé dans un cachot. Ce que nient les autorités. Le renseignement burundais lui reprocherait ses déplacements fréquents au Rwanda. Lundi 8 août, un corps a été retrouvé dans la rivière Mubarazi. S’agirait-il du journaliste ? La question reste entière.
La situation des journalistes au Burundi ne s’arrange pas. Nombre d’entre eux ont même quitté le pays, craignant une répression. Mais cela n’a pas empêché le journaliste burundais Boaz Ntaconayigize de se faire poignarder début août, alors qu’il était en exil en Ouganda. Ce dernier, secouru de justesse, aurait reconnu parmi ses assaillants deux hommes qui pourraient faire partie des services de renseignement du Burundi. Face à cette situation, Reporters Sans frontières a appelé les « autorités burundaises à cesser leur politique d’intimidation envers les journalistes, jusque dans les pays voisins où ils sont en exil et de mettre un terme à l’impunité des services de renseignements et forces de sécurité ».

Les journalistes ne sont pas les seuls à être menacés par le gouvernement de Bujumbura. Lundi 8 août, l’ONU a dénoncé des représailles visant quatre avocats burundais. Ils sont accusés par le gouvernement d’avoir fourni des informations sur le Burundi au Comité des Nations Unies contre la torture. Armel Niyongere, Lambert Nigarura, Dieudonné Bashirahishize et Vital Nshimirimana ont, en effet, contribué à un rapport accablant de la société civile burundaise qui dénonce des cas de torture en forte augmentation.

On ne peut pas imaginer un quart d’instant qu’on est devant un système démocratique

Bernard Maingain

Certains observateurs en viennent à se demander si le Burundi est toujours un pays démocratique. D’autant que le 8 juillet dernier, des collégiens ont été arrêtés pour avoir abîmé des photos du président Nkurunziza. Un mois auparavant, des lycéens risquaient 5 à 10 ans de prison pour avoir gribouillé sur une image du chef de l’Etat. « La démocratie est nulle, assure Bernard Maingain. On ne peut pas imaginer un quart d’instant qu’on est devant un système démocratique ».

A ces représailles s’ajoutent des cas de torture pointés du doigt par de nombreuses ONG comme Amnesty International. Entre avril 2015 et avril 2016, des enquêteurs de l’ONU ont dénombré 348 cas d’exécutions extra-judiciaires et 651 cas de torture perpétrées par les forces de l’ordre. «Le système d’impunité du service national de renseignement est une réalité, les mécanisme d’élimination au compte-goutte mais de façon très ciblé ont lieu, la torture a lieu… », affirme Bernard Maingain.
Le Burundi est plongé dans une grave crise depuis l’annonce en avril 2015 de la candidature de Pierre Nzurunziza à la présidentielle. Depuis, les violences ont fait plus de 500 morts et poussé plus de 270 000 personnes à fuir le pays. Pierre Nkurunziza, de son côté, ne semble pas prêt à dialoguer avec l’opposition, ni avec la communauté internationale. Mais peut-être devrait-il se méfier de son propre camp ? « Je pense que le risque qui pèse sur le pouvoir, c’est sa propre implosion, explique Bernard Maingain. Il ne faut pas imaginer qu’il n’y a pas des gens encore sages et raisonnables aujourd’hui à l’intérieur du CNDD-FDD (parti du président burundais, ndlr) qui sont agacés de la dérive totalitaire du système, qui ne correspond en rien à leur attente et au combat qu’ils menaient avant les accords d’Arusha ». En attendant une éventuelle rébellion du camp du président actuel, Nkurunziza continue d’exercer son pouvoir comme bon lui semble.

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Olusegun Obasanjo : « Les dirigeants africains sont responsables de l’insécurité sur le continent »

En Afrique, les conflits armés font désormais moins de morts que les accidents de la route. C’est le constat de l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, qui participait au Forum de Tana sur la sécurité en Afrique, qui s’est tenu dans la ville éthiopienne de Bahir Dar les 16 et 17 avril. La précision n’en est pas moins préoccupante, mais elle met l’accent sur l’amélioration de la situation sécuritaire. L’Afrique reste toutefois le continent où 80 % des opérations de maintien de la paix dans le monde sont déployées. Pendant deux jours, dirigeants, diplomates et chercheurs africains se sont livrés à un exercice d’introspection en questionnant la place de l’Afrique dans l’agenda sécuritaire mondial. L’ancien général et chef d’Etat du Nigeria Olusegun Obasanjo, président du Forum de Tana, fait le point pour Le Monde Afrique.

L’Union africaine (UA) répète souvent que seule l’Afrique peut trouver des solutions aux problèmes de l’Afrique. En matière de paix et de sécurité, le continent est encore largement dépendant du financement des puissances extérieures. Est-ce un frein à la réalisation de cette vision ?

Olusegun Obasanjo L’Afrique ne peut pas être prise au sérieux dans l’agenda sécuritaire mondial si elle ne finance pas sa propre sécurité. Les Etats membres de l’UA doivent commencer par payer leur contribution au budget de l’organisation et aux opérations de paix, car notre dépendance à l’égard des donateurs étrangers limite notre marge de manœuvre et notre autonomie politique. C’est une question de volonté politique et de leadership.

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Cela ne signifie pas pour autant que la communauté internationale ne doit pas être impliquée dans la résolution des problèmes du continent. Elle peut être un partenaire. Mais les Africains doivent être en première ligne. Nous sommes les mieux à même de régler les conflits sur notre sol parce que nous savons mieux que quiconque de quoi il retourne. Le passé nous prouve que nous sommes capables de trouver des solutions. La décolonisation était une solution africaine. Nos dirigeants n’ont pas hésité à prendre les armes face à certaines puissances coloniales qui rechignaient à nous donner notre indépendance. De la même façon, lors de la guerre civile de Sierra Leone et du Liberia dans les années 1990, le contingent nigérian était au premier plan de la supervision des cessez-le-feu dans les pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) avec l’Ecomog. Et notre engagement nous a permis d’obtenir le soutien de partenaires extérieurs à l’Afrique.

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Vous dites que l’ingérence occidentale a été la cause de conflits en Afrique en prenant l’exemple de la Libye. L’Afrique a-t-elle sa part de responsabilité dans le désordre libyen ?

Nous pouvons blâmer nos dirigeants qui n’ont pas suffisamment de force politique, diplomatique et militaire pour imposer des solutions africaines aux conflits qui minent notre continent. Nous, les Africains, souhaitions que la transition se déroule dans la paix et la stabilité en Libye. Nous avions une position commune claire qui a été rejetée par nos partenaires. La communauté internationale a décidé de déloger Mouammar Kadhafi. Barack Obama a lui-même estimé que sa pire erreur en tant que président américain était d’avoir échoué dans le suivi de l’intervention en Libye. La situation est désormais chaotique sur le terrain, sans compter les répercussions sur la sécurité au Mali, dans la région du Sahel et au Nigeria. Comment pouvons-nous parler de solutions africaines aux problèmes africains si nous sommes incapables d’agir ? Les dirigeants africains aussi sont responsables de l’insécurité sur le continent.

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Lors du sommet de janvier, l’UA a finalement renoncé à envoyer une force de maintien de la paix au Burundi, compte tenu de la réticence de certains chefs d’Etat africains et du refus catégorique du président Nkurunziza. L’organisation panafricaine a-t-elle perdu de sa légitimité ?

Je ne dirais pas que l’UA a perdu de sa légitimité, mais de son intégrité. Elle a reculé après le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement en adoptant une position qui encourage virtuellement ce qui se passe au Burundi. Et cela fait de l’Afrique la risée du monde. L’UA doit avoir plus d’assurance et être à la hauteur de ses responsabilités pour sauver la vie d’Africains avant qu’il ne soit trop tard. Nos dirigeants doivent collectivement trouver la volonté politique pour apporter une solution rapide et durable à la situation au Burundi. Les caprices de présidents déraisonnés ne doivent pas primer sur les intérêts des Africains.

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Le gouvernement de votre pays, le Nigeria, lutte contre les terroristes de Boko Haram. Quel regard portez-vous sur la politique sécuritaire du président Muhammadu Buhari, élu en mars 2015 ?

Les choses ont changé depuis son arrivée au pouvoir. Le président Buhari a remporté des succès militaires considérables contre Boko Haram. Il doit suivre cette voie et immédiatement investir dans le développement socio-économique des zones libérées du joug des terroristes. En Afrique, les inégalités, le chômage, le manque d’éducation et d’infrastructures sont autant de fléaux qui peuvent encourager les groupes terroristes. Les populations marginalisées ont recours à la violence pourexprimer leur mécontentement. C’est une menace pour la paix et la sécurité du continent.

 

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Burundi: un haut responsable américain dénonce la gravité de la situation

Au terme d’une visite de deux jours au Burundi, le secrétaire d’État adjoint américain pour la Démocratie et les Droits de l’homme,Tom Malinowski a une nouvelle fois dénoncé samedi 2 avril la situation extrêmement grave dans laquelle se trouve le pays.
Tom Malinowski, secrétaire d’État adjoint américain pour la Démocratie et les Droits de l’homme, s’est inquiété de la poursuite des arrestations arbitraires, de la multiplication des signalements de disparitions forcées et d’allégations crédibles de torture. « J’ai dit au gouvernement que la situation reste extrêmement grave à nos yeux. Il est évident que les atteintes aux droits de l’homme se poursuivent, a assuré Tom Malinowski. Nous avons constaté que les personnes perçues comme sympathisants de l’opposition continuent d’être mises en prison ; nous avons constaté la multiplication des signalements de disparitions forcées ; nous avons entendu de nombreuses allégations crédibles de torture de prisonniers ». S’il est vrai que les groupes armés se sont livrés à des actes de violence graves, c’est loin d’être le cas de toutes les personnes persécutées et emprisonnées par le gouvernement, ajoute Tom Malinowski.

« L’arrestation il y a quelques jours de l’humoristeAlfred-Aubin Mugenzi [plus connu sous son nom de scène Kigingi et libéré vendredi après 4 jours de détention NDLR], dont le seul crime avait été de publier un dessin mettant en scène le président, montre très clairement qu’il y a des gens emprisonnés qui ne sont pas des rebelles ni des putschistes, mais simplement des citoyens burundais qui expriment pacifiquement leur point de vue ».

Une impasse économique et sociale

Le secrétaire d’État adjoint américain pour la Démocratie et les Droits de l’homme a également dénoncé le double discours du gouvernement, qui, selon lui, s’enfonce lui-même dans une impasse économique et politique. « Le gouvernement ne peut pas tenir un certain discours à la communauté internationale et un autre à sa population » poursuit Tom Malinowski.

« Il ne peut pas nous dire qu’ils soutiennent un dialogue inclusif d’un côté et de l’autre, publier des communiqués comme celui du parti au pouvoir la semaine dernière : accuser tout le monde, de l’église catholique à la communauté internationale, en passant par la société civile, les médias, l’opposition et les pays étrangers, d’être des ennemis du peuple burundais ne va pas nous mener à dialogue réussi. Et cela fait douter de la sincérité du gouvernement ».

Ce discours « fou et haineux » doit cesser, assène Tom Malinowski qui s’interroge sur le retard pris dans le dialogue avec l’opposition. « Pourquoi le dialogue est-il retardé ? C’est une question à poser au gouvernement parce que nous, nous ne voyons aucune bonne raison. Il nous semble parfois que le gouvernement essaye de jouer la montre, mais il pourrait bien être pris à son propre jeu; car il est en train de perdre le soutien de l’Union européenne à son budget et auxpaiements de l’Amisom, l’économie du pays se dégrade… Comment va-t-il pouvoir se financer ? Comment va-t-il payer ses forces de sécurité, payer les Imbonerakure ? Ce ne sont pas que des questions morales, mais des questions pratiques auxquelles le gouvernement va devoir répondre. Il n’agit pas dans son propre intérêt, même s’il pense le faire ».

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Burundi: Ban Ki-moon pour une mission de la dernière chance?

Le secrétaire général desNations unies, Ban Ki-moon, pourrait se rendre au Burundi dans le courant du mois de février. L’organisation tient à montrer qu’elle reprend la main sur le dossier burundais après
l’échec de l’Union africaine. Bujumbura avait refusé le déploiement d’une force de maintiende la paix.
Avec notre correspondante à NewYork, Marie Bourreau Après le Conseil de sécurité de l’ONU il y a 10 jours, c’est au tour de Ban Ki-moon d’envisager une médiation de la dernière chance auprès du président Nkurunziza.

Le secrétaire général avait de l’espoir : il voulait que l’Union africaine parvienne à envoyer laMaprobu, une force de maintien de la paix qui aurait compté 5000 hommes.Mais le rétropédalage de l’organisation africaine sous la pression de plusieurs chefs d’Etat place maintenant l’ONU comme
médiateur essentiel dans la crise burundaise.

Burundi: la mission impossible de l’Union africaine Faute de Maprobu, l’idée d’envoyer des casques bleus de la République démocratique du Congo voisine pourrait refaire surface.
Mais les relations de l’ONU avec Joseph Kabila sont exécrables. La marge de manœuvre du secrétaire
général sera donc très étroite pour obtenir des concessions.

L’ONU est tout de même bien décidée à épuiser toutes les options pour éviter un génocide au Burundi.

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ONU / UA ET LA CRISE BURUNDAISE : Une divergence de vue qui profite au dictateur

Pendant que les Nations unies et l’Union africaine (UA) se disputent sur la crise burundaise, le président Pierre Nkurunziza continue de massacrer en rond. En effet, alors que l’ONU privilégie la voie du dialogue et n’en démord pas, l’UA tient à l’envoi d’une force de prévention de 5000 hommes au Burundi. L’ONU et l’UA avaient-elles intérêt à étaler leurs divergences au grand jour ? La question mérite bien d’être posée. NKurunziza ne veut pas d’une force de prévention dans ce pays qu’il considère désormais comme son royaume et qu’il a fini par mettre sous coupe réglée. Les 5000 soldats de l’UA, s’ils étaient effectivement déployés, pourraient faire taire les armes et contraindre, de ce fait, le président Pierre Nkurunziza à dialoguer avec les opposants et les acteurs de la société civile. Une force de ce genre pourrait également réhabiliter les espaces de liberté, dont la liberté de manifester, toutes choses qui troubleraient le sommeil du maître de Bujumbura. Nkurunziza fera donc tout pour ne pas perdre le contrôle d’une situation qui reste jusque-là à son avantage. Ce pasteur qui voit, dans ses révélations, la main de Dieu sur son pouvoir, n’est pas prêt à faire la moindre concession. Mille cadavres derrière lui, mille autres devant lui, il avance et ira jusqu’au bout. Seule donc une force de prévention pourrait  contrarier les prétentions monarchiques de l’ancien professeur d’éducation physique et sportive. En refusant de soutenir l’UA dans sa position, l’ONU donne l’occasion à Nkurunziza de narguer l’institution panafricaine. Ce qui vient encore ternir son image qui était déjà fortement entamée. Et puis d’ailleurs, à quoi sert ce dialogue  politique préconisé par l’ONU ? Si ce dialogue devait se tenir par la seule volonté de l’ONU, il courrait fortement le risque d’accoucher d’une souris. L’ONU fait là un faux jeu, sommes-nous tentés de dire.

L’ONU a intérêt à revoir sa position et à s’aligner sur celle de l’UA

Car il est difficile qu’un dialogue politique entre Nkurunziza qui n’en veut d’ailleurs pas, et ses opposants politiques, puisse résoudre le problème burundais. Loin d’être la solution au calvaire que vivent les Burundais, ce dialogue n’aura pour seul effet que de permettre au président burundais de jouer la montre, tout en tissant sa toile répressive. L’ONU a donc intérêt à revoir sa position et à s’aligner sur celle de l’UA. A l’étape actuelle, le peuple burundais n’en demande pas plus. Le président Nkurunziza n’est pas un enfant de chœur, et il faudrait un remède plus efficace face à la crise burundaise, que ces divergences entre l’ONU et l’UA qui permettent à Nkurunziza de gagner du temps et de renforcer ses assises. L’ONU devrait donc soutenir, de tout son poids, l’UA dans sa volonté d’envoyer une force de prévention au Burundi. La crise burundaise n’a que trop duré, et il est temps d’arrêter Nkurunziza dans sa névrose profonde et meurtrière, par la force s’il le faut. Si l’ONU et l’UA ne parviennent pas vite à cette solution, il faut craindre un génocide au Burundi, car Nkurunziza est dans une logique de pis-aller. L’ONU et l’UA devraient donc se passer des sentiments, et montrer au Président burundais que le Burundi est loin d’être son salon dans lequel il reçoit qui il veut et en chasse qui il veut. En tout cas, Nkurunziza est déjà dans cette posture de président « démocratiquement » élu, qui tient à terminer son mandat, même s’il doit faire feu de tout bois. L’ONU et l’UA ont donc intérêt à taire leurs divergences et à trouver un antidote à la crise burundaise avant qu’il ne soit trop tard.

Adama SIGUIRE

Burundi- Union Européenne: Nkurunziza à genoux!

Mardi 8 décembre 2015, s’ouvrent les négociations entre l’Union Européenne et l’oligarchie de Bujumbura. Pourtant hier, le même pouvoir par la voix de ses porte-parole, avait juré qu’il ne mettrait jamais les pieds à Bruxelles pour quémander la charité; dans un élan de fierté déplacé il montait au créneau en disant qu’il préférait mourir de faim plutôt que de venir négocier la mise en place au Burundi d’un Etat moderne où les vertus de la démocratie règnent en maîtres absolus.

Pour l’heure, le despote Nkurunziza et sa galaxie  embarrassés par ce revirement tranquillisent la troupe et donnent de fausses informations suivantes:  » L’Union européenne a accepté de nous accorder l’aide financière sans aucune condition. La preuve, elle vient de nous payer les frais pour nous rendre à Bruxelles. En plus Bruxelles accepte notre délégation sans exiger la présence de son Excellence Monsieur le Président de la République. Le lobby de la Chine et de la Russie a convaincu l’Union Européenne que tout va très bien au Burundi. » Telle est la salade servie au cercle de Nkurunziza qui redoute encore l’issue des négociations de ce mardi: le retour à un Etat de droit au Burundi!

Bien entendu ce mensonge cousu de fil blanc est loin de la réalité des mobiles qui ont poussé Nkurunziza à accepter de se plier à la condition de négocier avec Bruxelles. En effet ce que les adeptes aveugles de Monsieur Pierre Nkurunziza ne savent pas c’est que les caisses de l’Etat burundais sont vides à tel enseigne que cette oligarchie ne peut plus se payer le luxe d’engager des frais de mission en Europe de dix huit personnes. Nkurunziza vient de découvrir, non sans surprise, que même la gestion d’une république bananière requiert de l’argent. En effet des sources proches du Ministère des Finances confient que Nkurunziza ne saura plus payer les fonctionnaires dès le mois de janvier 2016. Et pour preuve le budget de 2016 n’est toujours pas voté. A ce titre sans importations, avec presque la quasi-totalité des hommes d’affaires qui mettent la clé sous la porte, les caisses de l’Office Burundaise des Recettes sont vides! Cette paralysie des recettes intérieures conjuguée avec l’absence de 52% de l’aide budgétaire de la communauté internationale mettent à genoux le despote Pierre Nkurunziza.

Dès le mois de janvier 2016 Nkurunziza ne pourra même plus payer sa milice IMBONERAKURE, encore moins ses policiers et son armée. Et quand ces corps ne sont pas payés, c’est Nkurunziza qui y laisse la peau! En conséquence pour sa survie physique, Nkurunziza doit négocier avec l’Union Européenne les conditions de retour à un Etat de Droit au Burundi. Cela passe par Bruxelles et par Kampala où le CNARED attend de pieds fermes l’oligarchie de Bujumbura.

Nkurunziza doit comprendre qu’il ne suffit pas de faire un coup de force contre l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi pour régner tranquillement,mais encore et surtout il faut avoir les moyens financiers de gérer ce coup d’Etat. A ce propos la sagesse de nos ancêtres farouchement opposée aux coups de force dispose:  » Ikigoye si ukwiba ingoma, ni ukuronka aho uyivugiriza! ». Bwana Nkurunziza subiza ingoma wivye!

(Sé) Pancrace CIMPAYE.

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Cap sur quelques signes avant-coureurs d’un génocide politico-ethnique au Burundi

Peu après l’expiration de l’ultimatum lancé par Nkurunziza, je lance ce cri d’alarme, le peuple burundais dans son ensemble est en danger. Tout le monde sait très bien qu’un génocide politico-ethnique est en cours au Burundi. A part des discours, des communiqués, des mots, des résolutions, des négociations annoncées mais qui ne commencent pas, etc. tout semble indiquer que le peuple burundais est abandonné à lui-même. Un terrorisme d’Etat a été instauré et des crimes contre l’humanité sont commis au quotidien et le monde observe. Pauvre Burundi ! L’Histoire récente est pourtant riche en leçons, en la matière. Tous les génocides : celui des juifs, des arméniens et récemment des Tutsi au Rwanda ont été préparés et exécutés par les pouvoirs en place. Ces pouvoirs ont utilisé les moyens de l’Etat mais aussi leur armée et leurs miliciens pour commettre ces crimes abominables qui ont emporté des milliers, voire des millions de citoyens innocents. Le schéma est toujours le même. Pour le cas du Burundi, des preuves irréfutables montrent qu’un génocide politico-ethnique se prépare depuis belle lurette.

1. Nkurunziza et son parti CNDD-FDD contrôlent tous les organes étatiques et sécuritaires, y compris l’armée et la police depuis plus de dix ans. Dès le lendemain de sa prise de pouvoir, Nkurunziza et son parti ont créé une milice Imbonerakure composée par les jeunes affiliés au parti mais aussi les anciens combattants, les démobilisés FDD. Deux hauts cadres du parti CNDD-FDD dont l’ancienne Vice-Présidente de la République affirmaient déjà en 2006, que les miliciens étaient au nombre de 30.000. D’après le site web « Burundi news », certains miliciens étaient envoyés au Soudan où ils s’entrainaient avec les Janjawid 2 . L’armement et les entrainements de la milice Imbonerakure ont bien continué jusqu’à la création d’une journée dédiée aux anciens combattants en 20113 au cours de laquelle les miliciens défilaient en tenue presque militaire et comme des militaires. Plusieurs rapports4 ont épinglé le comportement de ces miliciens depuis des années dénonçant leur comportement sous l’œil complice des forces de l’ordre. L’on se souviendra que ces Imbonerakure ont été envoyés pour s’entraîner en République Démocratique du Congo à Kiliba Ondesi5 . Le Président de APRODH Pierre Claver MBONIMPA est entrain de payer le prix pour avoir dénoncé ces entrainements : sa famille ne cesse d’être décimée !

2. Le 8 avril 2014, Jeffrey Feltman, sous-Secrétaire général chargé des affaires politiques a informé le Conseil de sécurité évoquant des rapports récents faisant état de « l’armement et de l’entrainement de la jeunesse du parti au pouvoir, Imbonerakure ». L’un de ces rapports, c’est le document confidentiel6 daté du 3 avril adressé aux départements des affaires politiques et du maintien de la paix de l’ONU, ainsi qu’aux envoyés spéciaux pour la région des Grands Lacs des Nations Unies et des Etats-Unis.

3. Aujourd’hui, ce n’est plus un secret pour personne, les Interahamwe qui ont commis le génocide contre les Tutsi au Rwanda sont bien installés au Burundi et ont été intégrés à l’armée, à la police, au service national des renseignements et même à la présidence de la République7 . Tous ces miliciens Imbonerakure, Interahamwe et ex-Mayi-mayi portent des tenues policières ou militaires, menacent, intimident, agressent et tuent des citoyens paisibles en toute impunité avec la complicité des forces de police ou autres agents de l’Etat.

4. Des discours du Président de la République Pierre Nkurunziza, du président du sénat Révérien Ndikuriyo, du Président du parti CNDD-FDD au pouvoir Pascal Nyabenda et du porte-parole de ce parti Gélase Ndabirabe appellent bien à la haine et certains font recours au même jargon utilisé au Rwanda à la veille du génocide contre les Tutsi. On retiendra le plan « Safisha », « Kora », « Guguna », « Kumesa », etc.

5. Nkurunziza Pierre a divisé les forces armées burundaises dans le seul objectif de casser les équilibres établies par Arusha, d’affaiblir les FDN et ainsi instaurer un terrorisme d’Etat sans que celles-ci puissent intervenir de façon concertée pour stopper sa barbarie.

6. Plusieurs lois contraignantes ont été votées toujours dans cette logique d’imposer par tous les moyens ce troisième mandat « maudit » car volé. Je pense à la loi sur la presse et plus particulièrement celle annoncée par Nkurunziza dans son discours du lundi 02 novembre 2015, une loi anti-terroriste qui instaurera certainement la peine de mort. Cette loi annoncée et qui sera mise en place rapidement bouclera la boucle toujours dans l’agenda caché de commettre un génocide politico-ethnique conformément aux lois élaborées par les concepteurs de ce génocide.

7. Tous ces crimes de génocide sur fond de terrorisme d’Etat se commettent dans un blackout total. Toutes les radios et TV privées ayant été anéanties. Les citoyens burundais n’ont plus droit à l’information à l’exception notable de celle véhiculée par les planificateurs de ce terrorisme d’Etat et de ce génocide politico-ethnique.

8. Le 6 février 2014, le Président de l’ADC-IKIBIRI, Léonce Ngendakuma adressait une correspondance au Secrétaire Général des Nations-Unies dans laquelle il lançait un cri d’alarme et demandait une « prévention d’une catastrophe humanitaire en perspective au Burundi »

9. La fermeture du BNUB au Burundi rentre dans cette stratégie de Nkurunziza et son parti de se préparer à commettre des crimes abominables en l’absence des témoins gênants. Les quelques observateurs des droits de l’homme de l’Union Africaine qui sont au Burundi sont enfermés dans un hôtel, ils ne sortent que quand il s’agit des shows organisés par Nkurunziza et sa clique. Il semblerait d’ailleurs qu’aucun texte ne régit ce déploiement des observateurs des droits de l’homme qui ne font que compter les morts.

10. Nkurunziza et sa clique instrumentalisent plus particulièrement la justice mais aussi l’administration, les corps de défense et de sécurité. Le pauvre Valentin Bagorikunda, procureur général de la République signe les yeux fermés n’importe quoi ! Cette liste n’est pas exhaustive. Ce cri d’alarme est lancé à tous les hommes et femmes du monde entier en particulier ceux des pays démocratiques. N’oubliez pas les Burundais qui, aujourd’hui vivent dans la peur, interpellez vos gouvernements pour qu’ils interviennent de toute urgence pour stopper la folie meurtrière de Nkurunziza et son parti CNDD-FDD. Demain, ça sera trop tard si un autre génocide est consommé en Afrique des Grands Lacs alors que tout le monde l’aura vu venir. Que faire ?

1. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies s’est réunie ce lundi, il faudrait de toute urgence une résolution qui autorise l’envoi immédiat d’une force de maintien de la paix au Burundi pour sécuriser la population et désarmer les milices sur tout le territoire national.

2. Il faut des sanctions immédiates contre Pierre Nkurunziza et tous les concepteurs de ce plan macabre ainsi que les exécutants. Nkurunziza n’est plus un homme crédible avec qui négocier, il faut plutôt l’arrêter vivant et le juger. Ce n’est pas pour rien qu’il se cache déjà et ne répond plus au téléphone ! Pourquoi négocier avec un criminel de son rang ? Pour lui donner des honneurs et une porte de sortie digne d’un homme responsable ? Après autant de burundais massacrés et de sang versé de tous ces jeunes, j’ose espérer que les politiciens nous épargneront ce spectacle désolant. L’impunité des crimes d’Etat doivent être combattus partout dans le monde et plus particulièrement au Burundi.

3. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies doit de toute urgence autoriser l’ouverture d’une radio privée qui couvre tout le territoire national afin de donner un message de paix, de réconfort à la population burundaise pour contrecarrer les médias de la haine contrôlés par le pouvoir dont la RTNB. A mes compatriotes burundais : Le peuple burundais est aujourd’hui comme un orphelin de père et de mère qui habite une région où règne la loi de la jungle et des gangsters qui rançonnent les citoyens, qui pillent, qui violent, qui torturent, qui tuent de façon abominable. Dans cette jungle, les jeunes qui ne sont pas tués, sont castrés avec de l’acide. Même des cadavres sont torturés. Des jambes sont coupées et des cœurs sont enlevés aux cadavres. Quelle atrocité ! Du jamais vu au Burundi. Quelle haine ! Les images parlent d’elles-mêmes. Willy Nyamitwe, bras droit et conseiller principal de Pierre Nkurunziza, a beau démentir qu’il n’y aura pas de génocide au Burundi, les faits têtus sont là pour le démentir. Le fait de tuer systématiquement des familles entières et des couples sans armes rime à quoi ? La famille Nkezabahizi (cameraman à la RTNB) a été décimée pourquoi ? Le père Panta Léon Hakizimana et ses deux fils jumeaux Frank et Fleury Hakizimana ont été massacrés pourquoi ? Tous ces centaines de cadavres retrouvés ligotés, les bras au dos, c’est quoi ? Et pourtant, tous ces jeunes qui sont préalablement arrêtés par la police, on les retrouve dans les buissons, sur les rues et dans les rivières, etc. Tous ces membres des partis d’opposition de l’UPD, du MSD, etc. qui sont assassinés à travers tout le pays, c’est quoi ? La ligne rouge a été dépassée, en plus des discours incendiaires de Nkurunziza, de Ndikuriyo, de Ndabirabe, de Bunyoni et bien d’autres, on observe ces dernières semaines des massacres dans des endroits sacrés pour le peuple du monde entier et en particulier les Burundais, rien ne peut justifier de tirer sur un cortège funèbre, empêcher les citoyens d’enterrer leurs morts et de faire leur deuil. Tirer un obus sur un bus avec des femmes, des vieillards, des enfants, catégories des personnes vulnérables ! Des élèves du secondaire sont enlevés de leurs classes et on retrouve leurs corps mutilés et assassinés, comme ce jeune élève du Lycée Municipal de Cibitoke ! D’autres citoyens innocents sont massacrés dans les bistrots comme ce fut le weekend passé à Kanyosha. Que faire devant ces crimes d’Etat abominables et toutes ces actions de haute trahison : 1. Le Burundi appartient à tous les Burundais sans distinction aucune d’appartenance ethnique, politique ou autre. Donc, dans ces moments très difficiles, la seule arme redoutable reste l’unité, l’entraide et la solidarité. J’exhorte les membres du CNDD-FDD qui sont opposés à la destruction du Burundi comme Nation d’être les premiers à être solidaires avec ceux qui sont aujourd’hui pourchassés pour avoir refusé un mandat illégal, de trop et maudit. 2. La résistance et le refus de cette folie meurtrière incombe à tout citoyen. Le Burundi doit être libéré rapidement et se doter d’un gouvernement digne et responsable dont la première mission PDF Pro Evaluation 5 sera celle de sécuriser les citoyens et leurs biens, mettre hors de l’état de nuire toutes les milices qui sont sur le sol burundais : Imbonerakure, Interahamwe et les Mayi-mayi.

3. Le Burundi est dans une situation de guerre, une situation de crise sécuritaire grave ! Nkurunziza ne décrétera jamais un couvre-feu pour des raisons que l’on peut bien deviner. A chaque compatriote burundais de prendre ses responsabilités. Aux citoyens du monde et à la communauté internationale :

1. Le peuple burundais a besoin du soutien de vous Toutes et de vous Tous. Usez de tous vos devoirs de citoyens pour faire un plaidoyer auprès de vos gouvernements pour que des mesures soient prises de toute urgence pour protéger la population burundaise en danger.

2. Au lieu d’apprêter des avions pour rapatrier les étrangers vivant au Burundi et abandonner les Burundais à leur sort comme ce fut au Rwanda, prenez plutôt des mesures de sécuriser tous les habitants de ce pays. Ça serait une honte pour les pays démocratiques de sauver uniquement les leurs et laisser les Burundais génocidés par un pouvoir que certains pays ont soutenu pendant 10 ans.

3. Si rien n’est fait, et qu’un génocide politico-ethnique est consommé au vu et au su du monde entier, les survivants et les générations futures accepteront difficilement les larmes de crocodile des représentants des pays démocratiques qui auront assisté à cette hécatombe sans rien faire. Je ne saurai terminer ce cri d’alarme sans adresser un message de sympathie à toutes ces familles qui ont perdu les leurs. Je pense aux nombreux orphelins, victimes des orphelins de 1972 comme s’ils n’avaient pas souffert de cela et comme s’il n’y en avait pas assez au Burundi. J’ose espérer que, tôt ou tard, ces criminels seront jugés et punis sérieusement à la hauteur des crimes abominables qu’ils commettent au quotidien.

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La Coopération belge au développement suspend une série d’interventions au Burundi et arrête définitivement la coopération policière

Le vice-Premier ministre et ministre de la Coopération au développement Alexander De Croo suspend le soutien de la Belgique à une série de projets de développement au Burundi. La coopération policière est arrêtée sur le champ. L’arrêt définitif des interventions suspendues et la réorientation des moyens dépendront de l’évolution du dialogue européen avec le Burundi qui débutera d’ici peu.

Maintenant que l’Union européenne va bientôt lancer ses consultations, conformément à l’article 96 de l’accord de Cotonou, la Belgique a décidé d’inscrire la réorientation de sa coopération avec le Burundi dans ce cadre européen. Concrètement, la suspension va s’opérer en deux phases. Les mesures suivent le calendrier de la procédure « article 96 » de l’Union européenne.

1) Phase 1 à effet immédiat : suspension d’une série de programmes 

Plusieurs programmes proches des autorités burundaises ou qui pourraient très facilement faire l’objet de récupération politique sont suspendus avec effet immédiat. Concrètement, il s’agit d’un projet de pavage, du soutien à la justice burundaise et d’appuis à la gouvernance. Les programmes dans les secteurs prioritaires du programme de coopération (agriculture, enseignement et santé) ne sont pas complètement suspendus, seules les activités axées sur l’appui institutionnel le sont. Cette mesure prend elle aussi cours immédiatement.

2)  Phase 2 en cas de résultat négatif du dialogue « article 96 »  : arrêt et réorientation 

Cette suspension s’inscrit dans le processus de dialogue de l’article 96 qui sera bientôt entamé au niveau européen. S’il échoue, les programmes/projets suspendus seront définitivement arrêtés et les moyens ainsi libérés seront réorientés.

La coopération policière, suspendue en mai après les violences commises par la police, est arrêtée sur le champ. Ces derniers temps, le rôle de la police burundaise n’a pas été de nature à justifier une poursuite de la coopération avec la Belgique.

Nouveau programme pour les droits de l’Homme, la bonne gouvernance et des médias libres
Les budgets qui se libèrent seront affectés à des programmes en cours, à condition qu’ils améliorent le sort de la population et renforcent les contre-pouvoirs. On pense notamment aux ONG, aux syndicats ou aux organisations d’agriculteurs. De plus, un programme consacré aux droits de l’Homme à la bonne gouvernance et à la liberté des médias est en préparation. Il sera financé avec les fonds libérés qui ne peuvent pas être affectés à des interventions en cours.

La Belgique a d’emblée soutenu un processus d’élections libres et inclusives. Il s’agit d’un levier essentiel pour donner toutes ses chances au Burundi de se développer, pour y améliorer la situation des droits de l’Homme et pour favoriser la croissance économique durable.

Perspective de progrès
Lorsque la nouvelle liste des pays partenaires a été établie en mai de cette année, le Burundi a été sélectionné comme pays partenaire de la Coopération belge au développement. La Belgique a ainsi confirmé son engagement vis-à-vis du Burundi et des Burundais. Le gouvernement fédéral a toutefois aussi indiqué qu’il appliquait, dans le cadre du développement international, une perspective de progrès : si le Burundi prenait la mauvaise direction, la coopération serait réexaminée et il ne serait plus possible d’envisager un nouveau programme de coopération classique.

L’annonce de la suspension des moyens belges intervient un jour après que la Commission européenne ait prononcé une interdiction de voyage et un gel des avoirs à l’encontre de quatre Burundais qui mettent à mal la stabilité politique au Burundi.

Alexander De Croo, ministre de la Coopération au développement a déclaré : “C’est une décision que nous prenons à contre-cœur ; la Belgique reste très impliquée dans l’amélioration du sort des Burundais et le développement du Burundi. Mais les circonstances actuelles nous poussent à intervenir. L’instabilité politique fait payer un tribut de plus en plus lourd à la population burundaise : 200.000 personnes sont en exil, la fragile économie burundaise est en berne et le gouvernement burundais s’isole de plus en plus. Nous espérons aboutir au plus vite à un dialogue avec des résultats positifs pour les Burundais.”

Le ministre De Croo souligne qu’il s’agit d’une réorientation et non d’une suppression des moyens. “Les moyens pour lesquels nous avons la certitude qu’ils profiteront à la population sont maintenus, je pense notamment aux soins de santé”, conclut-il.

Lettre des partis et organisations politiques de l’opposition au président du conseil de sécurité des Nations unies

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Communiqué du porte parole du secrétaire général des Nations Unies.

Le Secrétaire général prend acte de la suspension sine die du dialogue inter-burundais, entamé sous la facilitation de l’Ouganda le 14 juillet 2015, conformément aux recommandations du sommet des Chefs d’État de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) du 6 juillet 2015. Le Secrétaire général salue les efforts du président ougandais Yoweri Museveni et de l’EAC, et appelle les organisations et les partenaires du Burundi à œuvrer de concert afin d’aider les Burundais à régler pacifiquement leurs différends.

Le Secrétaire général note que la suspension du dialogue intervient alors qu’aucun accord n’a été trouvé sur un ensemble de questions susceptibles de contribuer à la création d’un environnement propice à la tenue d’élections crédibles et pacifiques, conformément aux recommandations pertinentes de l’EAC et de l’Union africaine.

Dans ce contexte préoccupant, et suite à la décision du gouvernement du Burundi d’organiser le scrutin présidentiel le 21 juillet, le Secrétaire général appelle les autorités à tout faire pour assurer la sécurité et la tenue pacifique de ce scrutin. De même, il appelle toutes les parties à s’abstenir de commettre toute forme de violence qui pourrait compromettre la stabilité du Burundi et de la région.

Le Secrétaire général réitère son appel à la reprise d’un dialogue franc entre toutes les parties et les exhorte à éviter de saper les progrès accomplis en matière de démocratie depuis la signature des Accords d’Arusha.

Le Secrétaire général rappelle que conformément au mandat du Conseil de sécurité pour une observation du processus électoral avant, pendant et après les élections, la Mission d’observation électorale des Nations Unies au Burundi (MENUB) continue de remplir ses fonctions et qu’elle a déployé à cette fin des observateurs sur tout le territoire du Burundi. Le Secrétaire général invite toutes les parties à faciliter l’accomplissement de leur mission et demande en particulier au gouvernement d’assurer la sécurité des observateurs.

 

http://www.un.org/sg/statements/index.asp?nid=8847

Arrêt des négociations au Burundi à deux jours de la présidentielle

Après des discussions houleuses samedi, aucun représentant du parti au pouvoir au Burundi ne s’est présenté dimanche à Bujumbura pour poursuivre le dialogue avec l’opposition. À deux jours de la présidentielle, la médiation est ajournée « sine die ».

À deux jours d’une présidentielle controversée au Burundi, la médiation ougandaise a « ajourné sine die », dimanche 19 juillet, en l’absence des délégués du camp présidentiel, le dialogue entamé entre le pouvoir et ses adversaires pour sortir le pays de la crise qu’il traverse depuis fin avril.

Aucun représentant du gouvernement, du parti au pouvoir CNDD-FDD ou de ses alliés ne s’est présenté dimanche à l’hôtel de Bujumbura où se tiennent les discussions, ajournées la veille après des débats houleux, au cours desquels le pouvoir avait accusé ses adversaires d’être « tous des putschistes ».

>> À voir sur France 24 : « Burundi : un Conseil national de transition pour ‘faire partir Nkurunziza' »

Ceux-ci avaient reproché en retour au camp présidentiel de vouloir gagner du temps, pour ne pas aborder avant le scrutin mardi la question du report de la présidentielle, exigé par l’opposition et la société civile qui jugent que la Constitution interdit au chef de l’État de se représenter.

Le ministre burundais de l’Intérieur Edouard Nduwimana avait annoncé tôt dimanche vouloir « interrompre » les pourparlers « pour déterminer si nous continuons ce dialogue parce […] que pendant que nous étions en train de dialoguer, d’autres étaient en train de préparer autre chose ».

« Il faut être deux pour dialoguer »

La candidature du président Pierre Nkurunziza, qui brigue un troisième mandat, a plongé depuis fin avril le Burundi dans une grave crise émaillée de violences ayant fait plus de 80 morts. Ce petit pays d’Afrique des Grands Lacs, à l’histoire post-coloniale jalonnée de coups d’État et de massacres entre Hutu et Tutsi, a été traumatisé par une longue guerre civile.

Le gouvernement a déjoué à la mi-mai une tentative de coup d’État militaire, et finalement mis fin à la mi-juin à un mois et demi de manifestations quasi-quotidiennes à Bujumbura par une brutale répression. Mais il a essuyé depuis une série d’attaques à la grenade et est confronté, depuis une semaine, à des combats et escarmouches entre armée et rebelles au nord du pays, dans la zone frontalière avec le Rwanda.

« Il faut être deux pour dialoguer, l’absence du gouvernement signifie que nous devons suspendre jusqu’à ce qu’il soit prêt à continuer le dialogue » a expliqué le médiateur ougandais, Crispus Kiyonga à la presse. « Nous avons attendu, passé des coups de fil et nous n’avons vu personne du gouvernement; nous n’avons reçu aucune réponse à nos appels téléphoniques », a-t-il déploré.

« Le dialogue n’est pas terminé », a néanmoins assuré le médiateur. « Dès que nous serons prêts, nous reviendrons » aux discussions, a-t-il affirmé, « nous devons donner une chance au gouvernement […] personne n’a dit qu’il quittait la table des négociations ».

« Les masques sont tombés »

« Le gouvernement a été vraiment irresponsable, en refusant de sauver le Burundi alors que ce pays s’enfonce dans l’abîme », a réagi Jean Minani, chef de la délégation de l’opposition aux discussions, après l’ajournement du dialogue.

Léonce Ngendakumana, président de l’ADC, principale coalition de l’opposition burundaise, a estimé que « le gouvernement a pris l’option de s’isoler et de poursuivre les pseudo-élections, pour qu’on reprenne les discussions après les élections, ce qui n’aura pas de sens ».

« Le processus est au point mort » et « la situation sécuritaire peut dégénérer à tout moment », s’est inquiété dimanche un cadre de l’EAC.

Selon Innocent Muhozi, représentant de la société civile, le camp présidentiel « cherche depuis le début le fait accompli électoral, tout en faisant semblant de négocier ». « Les masques sont tombés », a-t-il estimé.

Avec AFP

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Burundi: report du dialogue après 4 jours de discussions agitées

A un jour de l’élection présidentielle, le médiateur ougandais qui tentait de mettre fin à la crise qui dure depuis avril a finalement quitté le pays, en ajournant sine die les pourparlers. En cause, l’absence du camp gouvernemental aux discussions. Pas un ministre, ni un représentant du parti au pouvoir ou de ses alliés n’a répondu à la convocation du ministre ougandais de la Défense. Or la question qui était censée être mise sur la table était celle du calendrier électoral et d’un nouveau report de la présidentielle. Retour sur ce premier round de négociations.

Au premier jour, jeudi 16 juillet, le ministre ougandais de la Défense avait déjà attendu le camp présidentiel, toutes les parties étaient convoquées à 14h. Finalement les ministres de l’Intérieur, des Affaires étrangères, le porte-parole du CNDD-FDD et tous leurs alliés ne sont arrivés que deux à trois heures plus tard. « Nous n’avons pas été informés », avaient-ils expliqué.

Les discussions commencent et les accusations réciproques aussi. Les prises de paroles sont interminables. La médiation – elle – fait tout pour aller vite et établir les thématiques à aborder. Pour l’opposition, la première urgence, c’est de reporter la présidentielle. Mais uncommuniqué couperet du gouvernement tombe alors que ses délégués viennent de rentrer dans la salle. Il appelle les Burundais à aller voter le 21 juillet.

Il faudra attendre samedi, troisième jour des négociations, pour que l’ordre des priorités soit établi. Dix points, puis quatre : sécurité, calendrier électoral, gouvernement d’union national et troisième mandat. La sécurité et le retour des réfugiés en premier, selon le souhait du gouvernement.

L’opposition bataille peu et n’a qu’une hâte, en arriver au débat sur le calendrier électoral. Alors que le sujet doit être mis sur la table, le gouvernement brandit un document signé par plusieurs partis d’opposition et publié depuis plusieurs jours, qui annonce la création prochaine d’un conseil national. Le gouvernement y voit l’équivalent d’une tentative de putsch. Le camp présidentiel obtient un premier ajournement jusqu’à dimanche pour consultation et finalement ne se présente pas.

Le report est un « malentendu », selon le gouvernement

Constatant l’absence du camp présidentiel, le médiateur ougandais a donc décrété un report sine die. Le ministre burundais des Affaires étrangères assure que c’est un malentendu et que la délégation gouvernementale avait expliqué la veille qu’il lui serait difficile de se libérer à cause de l’élection des administrateurs communaux et de la messe.

« Il me semble qu’il y a un problème de communication, le gouvernement avait clairement indiqué au facilitateur que ce dimanche était difficile pour nous dans la mesure où c’est le jour où se sont tenues les élections des administrateurs communaux par les conseils communaux. Et c’est aussi un dimanche, le matin au Burundi on va à l’église », avance Alain Aimé Nyamitwe.

L’opposant Agathon Rwasa, lui, n’y croit pas : « c’est un blocage parce que pour le pouvoir et le CNDD-FDD il faut aller jusqu’au bout pour après imposer sa volonté. Mais je pense que ça n’augure rien de bon. Plutôt que désamorcer la crise, ça risque de la renforcer. »

Mais pour l’ex-président Domitien Ndayizeye, le dialogue finira par porter ses fruits. « Je pense que tant que la facilitation n’a pas dit son dernier mot, on a pas à désespérer. Les points de vue qui sont défendus aujourd’hui continueront à être défendus jusqu’à ce qu’il y ait une bonne organisation des élections pour le Burundi et pour tout le monde », estime-t-il.

Cet épisode inquiète dans les milieux diplomatiques qui y voient un mauvais signal pour l’avenir du pays.

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Burundi : ils ont tué la démocratie

ai 2015, le Burundi s’enflamme. L’annonce faite par le président Pierre Nkrunziza de briguer un troisième mandat jugé anticonstitutionnel a jeté dans les rues de Bujumbura des dizaines de milliers de manifestants qui craignent l’instauration d’une dictature.

 

Au quartier de Musaga, foyer de l’insurrection, Fanny, chef révolutionnaire tente d’organiser 1000 hommes pour entrer jusqu’au centre-ville et faire entendre leur voix. Les siens se battent avec des pierres, des cocktails Molotov, la police et les milices du président qui les affrontent, répondent par des rafales de kalachnikov.

Les jours passent, la confrontation s’installe. Les lynchages de miliciens du parti présidentiel marquent le basculement des manifestations dans la violence. Pendant que sa capitale brûle, le président Pierre Nkurunziza fait campagne dans des provinces où les radios sont coupées, il parle de paix et de son thème favori : la démocratie

Plus de cent mille Burundais ont fui les milices du président pour se réfugier dans des camps des pays voisins. Au Rwanda, ces réfugiés dénoncent la terreur des milices du président qui ont promis de les exterminer s’ils restaient au Burundi. Mi-mai, des généraux rebelles tentent un putsch. Pour une journée, les manifestants de Musaga atteignent le centre-ville et se prennent à rêver de démocratie. Un espoir vite envolé et réprimé dans le sang. Le président Pierre Nkurunziza revient en force, mais Fanny et les siens n’ont pas dit leur dernier mot…

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Menacée de mort, Marguerite Barankitse a du se résoudre à fuir le Burundi

Menacée de mort, Marguerite Barankitse a du se résoudre à fuir le Burundi. A Bruxelles, la présidente et fondatrice de la maison Shalom dénonce le système du Cndd-Fdd et voit en la réaction de la jeunesse burundaise une note d’espoir pour l’avenir du pays.

Madame Barankitse, pourquoi arrivez-vous maintenant en Belgique? Dans quelles conditions avez-vous quitté le Burundi?

M. B. En fait, j’avais d’abord refusé de fuir. J’ai été menacée depuis le mois de février, je figurais sur la liste des cinq personnes, membres de la société civile, qui devaient être éliminées. Par après, lorsqu’il y a eu des manifestations contre la candidature de Pierre Nkurunziza, comme c’est le devoir de la Maison Shalom de s’occuper des blessés, dans un devoir de travail humanitaire, j’ai soigné les blessés, j’ai mis notre ambulance au service des nécessiteux. J’étais alors recherchée et j’ai appris le 14 juin qu’il y avait un mandat d’arrêt contre moi pour soutien aux insurgés. Et puis mes enfants m’ont dit: “Pars, sois notre voix!”

Vous étiez donc à Bujumbura ces dernières semaines?

J’avais quitté Ruyigi pour plusieurs raisons. A Ruyigi, je suis chez moi, à la Maison Shalom, il est donc facile de me repérer, c’est un petit village. Par ailleurs, il y avait aussi beaucoup à faire dans la capitale. Nous y avons ouvert un grand centre avec trois projets pour nous occuper des filles domestiques qui sont victimes de viol. Ce projet, je voulais le mettre en place et nous avons aussi ouvert des centre de rééducation pour les enfants mineurs en conflit avec la loi. Des enfants qui sont à la prison centrale de Mpimba, donc je voulais mettre tout cela en place car ces jeunes sont une bombe à retardement si l’on ne s’en occupe pas. Et comme la Maison Shalom veut créer une nouvelle génération qui cassera le cycle de violence, je m’étais dit que cela valait la peine de me rendre à Bujumbura.

Quelle a été votre action à Bujumbura depuis les premières manifestations?

En fait, il faut bien comprendre que cette situation s’est installée depuis 2010 avec des exécutions extra-judiciaires, l’impunité… Alors, personnellement, j’ai ressenti cette candidature comme une humiliation. Le peuple burundais s’est senti humilié, comme si le président avait considéré les citoyens comme ses esclaves, comme si nous n’avions rien à dire, que lui seul faisait la loi dans la justice, dans l’armée, dans l’enseignement, dans la santé,… Tout ça a entraîné un climat de beaucoup de frustrations. Les jeunes sont sortis dans la rue pour protester contre cette candidature et moi, j’étais fière de les voir. Même si j’ai pleuré quand j’ai vu qu’on tirait à balles réelles, j’ai vu ces jeunes résister et moi, ça m’a portée, ça m’a poussé à résister, à rester debout. Oui, il y avait ce sentiment de colère mais aussi d’espérance en voyant ces jeunes. Ils étaient dignes, ils ne volaient pas, ils chantaient l’hymne national, j’en avais des larmes de joie.

Comment l’analysez-vous cette jeunesse?

J’ai vu une jeunesse porteuse de beaucoup d’espoirs. Si on leur créait de l’emploi, si on leur donnait des opportunités, le pays deviendrait un paradis. Cette jeunesse est une richesse qu’il faut sauvegarder coûte que coûte.

On parle beaucoup moins de la situation à l’intérieur du pays, quelle est-elle? Notamment à Ruyigi?

Dans le monde rural, les gens sont pris de force, obligés de se rendre à des meetings présidentiels. Et puis les Imbonerakure sont beaucoup plus présents à l’intérieur du pays pour mater la population. C’est vraiment triste! Vous savez, je me dis que nous sommes dirigés par un malade mental. Il y a un an, j’ai vu le président et lui ai demandé : “Vous rendez-vous compte que le peuple burundais est en train de mourir ?”

Comment la population réagit-elle?

Que voulez-vous d’une population qui ne vit en-dessous du seuil de pauvreté, qui ne gagne rien. Si le président arrive au stade et leur donne trois kilos de riz, ils vont aller danser. Pas parce qu’ils aiment ce président mais pour avoir ces kilos de riz, un pagne, un t-shirt. Il a su profiter de l’ignorance – ce sont des personnes illettrées – pour les manipuler. La plupart comprend mais n’a pas d’autre choix. Moi, j’ai pu voyager car je pouvais payer le ticket. Je pouvais parler, savoir ce qu’il se passe dans le monde. Mais maintenant, toutes les radios privées ont été détruites, tous les journalistes exilés, que voulez-vous…la population n’entend que la radio nationale qui ne fait que les éloges du président.

La RTNB serait devenue la nouvelle Rema?

Mais oui! D’ailleurs, il y a déjà des chansons de propagande qui tournent. On ne nous montre que le président, on nous dit que tout va bien. Personne ne l’écoute d’ailleurs maintenant, les paysans n’écoutent plus. Maintenant ils écoutent RFI et Voix d’Amérique.

Le monde rural est donc bien conscient de la situation actuelle…

Oui, on a arrêté les gens qui essayé de fuir par le nord. Il y a encore des déplacés et on nous empêche de leur apporter de l’aide à Kirundo. Les paysans voient très bien ce qu’ils se passent, ils en sont témoins. Prenez le cas de Ruyigi en septembre 2014, le président était présent pour l’une de ses croisades. Personne ne voulait y aller, les gens ont été amenés de force!

Et avez-vous l’impression que les bailleurs ont réellement compris ce qui était en train de se passer au Burundi?

C’est très difficile de comprendre quand vous n’êtes pas de la même culture. Comment comprendre tous les méandres? Ce n’est pas toujours facile.

Est-ce qu’ils ne réagissent pas trop tard?

Je ne dis pas ça parce que je suis en Belgique mais je crois que le premier rôle, c’est aussi les Burundais. Je m’adresse à tout ce gouvernement burundais, ceux qui étaient dans le système: comment en est-on arrivé là? Pourquoi ont-ils été lâches? La communauté internationale, en quelque sorte, n’arrive pas à saisir le vrai conflit. C’est à nous d’aller leur expliquer concrètement. Leurs interlocuteurs, ce sont ceux qui sont au pouvoir. Alors, c’est normal, parce qu’ils n’entendent qu’un seul son de cloche. Peut-être que le président de la République les a trompés en disant qu’il est populaire dans les campagnes, que c’est seulement en ville qu’on ne le veut pas. Car quand les diplomates se rendent à des cérémonies officielles, on amène les paysans de force donc ils ont vu cela et ne peuvent juger que sur des choses concrètes. C’est nous qui vivons à l’intérieur, au milieu de cette population, nous qui pouvons peut-être leur faire comprendre qu’ils se trompent.

La société civil est menacée et fuit, les radios privées ont été incendiées, les artistes fuient également, que faut-il faire selon vous pour éviter un massacre à huis clos?

J’en appelle à la Cour pénale internationale! Il n’y a que treize personnes à arrêter, c’est tout! Il suffit d’arrêter Pierre Nkurunziza, la tête, et puis les autres. Cela suffirait pour ramener le calme.

Vous êtes aujourd’hui en Belgique, comment allez-vous poursuivre votre combat?

Je crois que, maintenant, avec les réseaux sociaux, c’est facile. Il n’y a pas une journée où je ne discute pas sur Skype,… Il y a donc moyen de rester en contact. Pour le moment, je crois qu’il faut aussi qu’on se focalise sur l’après-crise pour ne pas réparer encore une fois les pots cassés. Il faut déjà réfléchir, être visionnaire. Qu’allons-nous faire au cas où?! C’est pour ça que je vais rencontrer la diaspora burundaise ici, les journalistes pour chercher des relais, c’est très important. Et puis, qui sait, peut-être que je retourner demain.

C’est votre intention?

Oui!

Sans inquiétude?

Si, je ne suis pas un ange. Et puis la vie vaut mieux que la mort. Luttent ceux qui vivent. J’ai mes enfants, je peux retourner tout près… La gestion quotidienne de la maison Shalom ce n’était pas moi, moi je suis la grand-mère. Donc je vais continuer. Peut-être que physiquement, je ne vais pas les prendre dans mes bras mais ils me verront. Il y a l’internet, il y a tout ce qu’il faut. Mais la mort dans l’âme (elle verse une larme) et je souffre de ne pas être avec eux, mes enfants, ça me fait mal. Quitter son pays, personne ne te dira qu’on est heureux de vivre en dehors de son pays. Lorsque je suis allée aider les déplacés et que je donnais des conseils, je me suis rendue compte qu’à mon tour j’étais réfugiée. C’est la première fois, même pendant les dix ans de guerre civile, je n’étais pas condamnée rester. Il y avait un danger réel mais je n’étais pas visée personnellement. Et il n’y avait pas ce système d’assassinat de l’Etat car c’est bien l’Etat qui est en train de tuer ses propres citoyens. C’est impensable!