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ONU / UA ET LA CRISE BURUNDAISE : Une divergence de vue qui profite au dictateur

Pendant que les Nations unies et l’Union africaine (UA) se disputent sur la crise burundaise, le président Pierre Nkurunziza continue de massacrer en rond. En effet, alors que l’ONU privilégie la voie du dialogue et n’en démord pas, l’UA tient à l’envoi d’une force de prévention de 5000 hommes au Burundi. L’ONU et l’UA avaient-elles intérêt à étaler leurs divergences au grand jour ? La question mérite bien d’être posée. NKurunziza ne veut pas d’une force de prévention dans ce pays qu’il considère désormais comme son royaume et qu’il a fini par mettre sous coupe réglée. Les 5000 soldats de l’UA, s’ils étaient effectivement déployés, pourraient faire taire les armes et contraindre, de ce fait, le président Pierre Nkurunziza à dialoguer avec les opposants et les acteurs de la société civile. Une force de ce genre pourrait également réhabiliter les espaces de liberté, dont la liberté de manifester, toutes choses qui troubleraient le sommeil du maître de Bujumbura. Nkurunziza fera donc tout pour ne pas perdre le contrôle d’une situation qui reste jusque-là à son avantage. Ce pasteur qui voit, dans ses révélations, la main de Dieu sur son pouvoir, n’est pas prêt à faire la moindre concession. Mille cadavres derrière lui, mille autres devant lui, il avance et ira jusqu’au bout. Seule donc une force de prévention pourrait  contrarier les prétentions monarchiques de l’ancien professeur d’éducation physique et sportive. En refusant de soutenir l’UA dans sa position, l’ONU donne l’occasion à Nkurunziza de narguer l’institution panafricaine. Ce qui vient encore ternir son image qui était déjà fortement entamée. Et puis d’ailleurs, à quoi sert ce dialogue  politique préconisé par l’ONU ? Si ce dialogue devait se tenir par la seule volonté de l’ONU, il courrait fortement le risque d’accoucher d’une souris. L’ONU fait là un faux jeu, sommes-nous tentés de dire.

L’ONU a intérêt à revoir sa position et à s’aligner sur celle de l’UA

Car il est difficile qu’un dialogue politique entre Nkurunziza qui n’en veut d’ailleurs pas, et ses opposants politiques, puisse résoudre le problème burundais. Loin d’être la solution au calvaire que vivent les Burundais, ce dialogue n’aura pour seul effet que de permettre au président burundais de jouer la montre, tout en tissant sa toile répressive. L’ONU a donc intérêt à revoir sa position et à s’aligner sur celle de l’UA. A l’étape actuelle, le peuple burundais n’en demande pas plus. Le président Nkurunziza n’est pas un enfant de chœur, et il faudrait un remède plus efficace face à la crise burundaise, que ces divergences entre l’ONU et l’UA qui permettent à Nkurunziza de gagner du temps et de renforcer ses assises. L’ONU devrait donc soutenir, de tout son poids, l’UA dans sa volonté d’envoyer une force de prévention au Burundi. La crise burundaise n’a que trop duré, et il est temps d’arrêter Nkurunziza dans sa névrose profonde et meurtrière, par la force s’il le faut. Si l’ONU et l’UA ne parviennent pas vite à cette solution, il faut craindre un génocide au Burundi, car Nkurunziza est dans une logique de pis-aller. L’ONU et l’UA devraient donc se passer des sentiments, et montrer au Président burundais que le Burundi est loin d’être son salon dans lequel il reçoit qui il veut et en chasse qui il veut. En tout cas, Nkurunziza est déjà dans cette posture de président « démocratiquement » élu, qui tient à terminer son mandat, même s’il doit faire feu de tout bois. L’ONU et l’UA ont donc intérêt à taire leurs divergences et à trouver un antidote à la crise burundaise avant qu’il ne soit trop tard.

Adama SIGUIRE