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Le huis clos entre les Présidents Kikwete et Nkurunziza.

Nkurunziza:  Je te remercie mon frère d’être venu pour me soutenir. J’ai une forte pression contre ma reconduction au troisième mandat. Et je soupçonne mon voisin rwandais d’être de mèche avec ce mouvement. Merci! Merci beaucoup d’être ici. C’est une preuve évidente que nos deux peuples sont intimement liés.

Kikwete: Excellence, je ne suis pas venu pour vous soutenir. Je suis venu pour vous avertir que si vous ne lâchez pas ce pouvoir dans la dignité vous partirez par la petite porte. Et nous autres tanzaniens qui avons investi tant dans votre prise du pouvoir serons  déçus et humiliés. Pourtant il y avait moyen de garder ce pouvoir pendant longtemps comme le CCM. Chez nous le mot d’ordre c’est l’alternance au sommet de l’Etat tous les dix ans. Chez nous la majorité présidentielle au parlement n’hésite pas à limoger les ministres ou les premiers ministres coupables de corruption ou de mauvaise gouvernance! Ici il paraît que vous protégez ce genre de responsables corrompus. Il paraît que c’est pour cette raison de protéger ces corrompus que vous vous accrochez tant à ce troisième mandat. Ne soyez  donc pas étonné que le peuple, y compris dans votre propre parti réclame votre départ. Ne cherchez pas à accuser les pays voisins ou une autre force étrangère.

Nkurunziza: Mon frère, vous n’avez rien compris! Ce sont les tutsi qui veulent ma perte! Ils veulent récupérer le pouvoir que nous avons durement acquis. Et ils mobilisent le monde entier contre moi! Oui aujourd’hui un hutu peut construire plusieurs villa en même temps, un hutu peut  rouler dans une jolie voiture, un hutu peut boire le champagne cristal; tout ça grâce à nos efforts! C’est la révolution, mon frère!

Kikwete: Excellence, je vois que vous avez le sens élevé de la révolution. Mais vous devriez faire attention. Nous autres tanzaniens, nous respectons même le cadavre d’un américain. Vous, vous vous permettez d’insulter les américains! Vous allez jusqu’à dire que le Président Américain ignore où se trouve le Burundi. Vous vous permettez le luxe d’insulter son représentant au Conseil de Sécurité! C’est ça votre révolution?

Nkurunziza: Ce sont les américains qui t’envoient? Ah… je comprends maintenant la provenance de toutes ces attaques.

Kikwete: Excellence, c’est le monde entier qui réclame votre départ! C’est la grande majorité de votre parti qui vous demande de partir: voyez Rukara Mohamed, voyez votre  Vice-Président de la République, voyez les présidents de deux chambres, voyez la note que votre ancien  camarade des services secrets vous a envoyée, analysez la position du porte parole de votre parti… Ouvrez les yeux, Excellence, vous devenez de plus en plus minoritaire. Partez par la grande porte.

Le dernier message que je dois vous donner, c’est que si vous envisagez de vous imposer par des massacres, le monde ne vous laissera pas faire. Et vous risquez gros.

Nkurunziza: On voit que vous ne connaissez pas Adolphe Nshimirimana ou Alain Guillaume Bunyoni. Si je lâche ce troisième mandat, ils vont me tuer. Mon frère, je vais réfléchir. Merci quand même d’être venu. C’est même pas la peine d’évoquer la question de Radjabu. J’ai compris.

Propos recueillis par Caton Nyabenda

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Tanzanie : un nouveau procureur général et une nouvelle direction pour la société d’électricité.

Arusha (Tanzanie) – Le président tanzanien Jakaya Kikwete (photo) a nommé un nouveau procureur général et changé le Conseil d’administration de la société nationale de distribution d’électricité après un scandale de plusieurs millions de dollars décelé dans la gestion de l’énergie, apprend-on lundi.

Les députés tanzaniens avaient réclamé fin novembre le limogeage de plusieurs hauts responsables gouvernementaux, dont le procureur général Frederick Werema qui a rang de membre du gouvernement, le ministre de l’Energie Sospeter Muhongo, son homologue chargée des Affaires foncières Anna Tibaijuka et le secrétaire permanent du ministère de l’Energie Eliakim Maswi.

Les parlementaires avaient par ailleurs réclamé la dissolution du Conseil d’administration de la société nationale d’électricité (Tanzania Electric Supply Company Limited – TANESCO).

Le procureur général Werema a démissionné en décembre et la ministre Tibaijuka a été démise par le chef de l’Etat ainsi que M. Maswi.

Selon un communiqué de la présidence, George Mcheche Masaju est nommé nouveau procureur général et doit prêter serment lundi dans la journée en remplacement de Werema dont il était jusqu’alors l’adjoint, après avoir servi comme conseiller juridique à la présidence.

Selon un autre communiqué officiel, Mighanda Manyahi devient président du nouveau Conseil d’administration de TANESCO. Cet universitaire remplace le général à la retraite Robert Mboma.

Dans son message à la nation, le 1er janvier, le président Kikwete a promis de continuer à se pencher sur ce scandale et de prendre les décisions appropriées.

Une large partie de l’opinion continue de réclamer le départ du ministre de l’Energie, Sospeter Muhongo, qui clame son innocence et refuse de démissionner.

D’autres ont également demandé la démission du Premier ministre Mizengo Pinda qui a échappé de justesse au vote du Parlement, alors qu’il a déjà annoncé son intention de briguer la magistrature suprême à la prochaine présidentielle.

Le vote avait été provoqué par un audit qui avait découvert le paiement frauduleux de quelque 120 millions de dollars d’argent public à une société privée du secteur de l’énergie.

Plusieurs donateurs comme la Grande-Bretagne, le Canada, l’Union européenne et le Japon ont averti qu’ils allaient suspendre une aide de centaines de millions de dollars à la Tanzanie jusqu’à ce qu’ils soient satisfaits de l’enquête.

Ce scandale dont l’opposition s’est saisie comme d’une aubaine risque, selon les observateurs, de coûter cher au parti au pouvoir, dans la perspective des prochaines élections en octobre.