Articles

cnared

DÉCLARATION SUR LES NÉGOCIATIONS INTER BURUNDAISES POUR METTRE FIN À LA CRISE BURUNDAISE

1. Les différents partenaires du Burundi appellent les leaders politiques burundais, dont ceux du Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et l’État de Droit (CNARED) de prendre positivement en mains les destinées du Burundi par rapport à la crise qu’il vit depuis plus de six mois.
2. Le CNARED saisit cette occasion pour communiquer au peuple burundais et à l’ensemble de la Communauté Internationale, sa lecture et ses positions par rapport à ces appels des partenaires bilatéraux et multilatéraux du Burundi.
3. Les graves événements que la Région des Grands Lacs a connus au cours de la deuxième moitié du 20èmesiècle : le génocide et les massacres massifs au Rwanda, la guerre civile atroce qui a durée plus de dix ans au Burundi, invitent les organisations régionales, africaines et internationales de demeurer vigilantes et réactives face à la situation politique et sécuritaire qui prévaut au Burundi.
4. Le CNARED exprime sa gratitude à tous ces partenaires du Burundi pour l’attention soutenue qu’ils ne cessent de manifester par rapport à la situation au Burundi.
5. Aujourd’hui, c’est aux organes de l’État et aux organisations politiques et citoyennes vecteurs et défenseurs de ces valeurs que le pouvoir NKURUNZIZA s’attaque. En érigeant la milice IMBONERAKURE, dont des éléments sont infiltrés dans la Police Nationale du Burundi, et en gérant la Force de Défense Nationale sous un angle politico-ethnique ; privilégiant les membres de l’ancienne branche armée du CNDD-FDD, Pierre NKURUNZIZA et le cercle autour de lui sont entrain de détruire le socle de la paix et de la sécurité au Burundi.
6. À travers la guerre stupide qu’il a engagée contre les partenaires bilatéraux et multilatéraux du Burundi, Pierre NKURUNZIZA est entrain de soumettre le peuple burundais à l’asphyxie alors que la signature et la mise en application de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi, ’assurait un rayonnement dans la Région, en Afrique et dans le monde.
7. Ceci c’était exprimé à travers le déploiement de membres de nos corps de défense et de sécurité dans des opérations de maintien de la paix dans plusieurs pays d’Afrique et d’ailleurs ainsi que la promotion d’un climat des affaires et de possibilités d’investissement que les nombreuses richesses naturelles dont le pays regorge suscitaient de la part des partenaires.

8. C’est le constat qu’on tire des positions qui s’expriment aujourd’hui sur la situation au Burundi:
a) une persistance de l’impasse politique dans le pays, caractérisée par l’absence de dialogue entre les parties prenantes burundaises ;
b) une situation politique et sécuritaire qui peut remettre gravement en question les progrès notables qui ont été réalisés grâce à l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi ;
c) des violations des droits de l’homme et des atteintes à ces droits qui se multiplient, notamment à travers des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, des arrestations arbitraires, des détentions illégales, des actes de harcèlement et d’intimidation commis contre des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes perpétrés tant par les forces de sécurité et que par les milices et d’autres groupes armés illégaux ;
d) une impunité qui règne par rapport aux assassinats quotidiens, aux restrictions à l’exercice de la liberté d’expression, y compris pour les journalistes,
e) une dégradation continue de la situation humanitaire ; plus de 200 000 Burundais ayant cherché refuge dans les pays voisins ;
f) des déclarations publiques de très hauts responsables du pouvoir visant à inciter à la violence et à la haine contre des groupes de la société burundaise.
9. Faits par des structures aussi importantes de la diplomatie internationale que les Nations Unies, l’Union Africaine, l’Union Européenne et les États-Unis d’Amérique, ces constats constituent un démenti cinglant du discours de Pierre NKURUNZIZA et du cercle de ses inconditionnels. Une lecture objective de la résolution 2248 du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la situation au Burundi met en exergue la responsabilité des institutions de l’État burundais à travers un manque caractérisé d’engagement et d’entrain à faire répondre de leurs actes tous les responsables de violations du droit international humanitaire ou de violations des droits de l’homme. C’est la raison pour laquelle le Conseil de Sécurité rappelle au pouvoir de fait en place à Bujumbura que « le Burundi est un État partie au Statut de Rome de la Cour pénale internationale et qu’il s’est engagé à lutter contre l’impunité des crimes relevant de la compétence de la Cour » soulignant de passage « que la Cour pénale internationale est complémentaire des juridictions pénales nationales ». Les commanditaires et auteurs des crimes qui se commettent actuellement au Burundi, particulièrement ceux qui les commettent au nom de l’État, ne resteront donc pas impunis comme le voudraient Pierre NKURUNZIZA et le cercle avec lequel il contrôle le pouvoir à Bujumbura. La procureure de la Cour Pénale Internationale a déjà donné le ton en annonçant que des poursuites pourraient être engagées « à l’encontre de tous les acteurs burundais qui, par leurs actes ou leurs propos, concourent à perpétuer la violence et entravent la recherche d’une solution pacifique ».
10. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies, l’Union Africaine, l’Union Européenne, le Président des États-Unis d’Amérique et le Représentant spécial de la Chine pour les Affaires africaines trouvent, à juste titre, que la solution à la crise que traverse actuellement le Burundi, passe par « le respect, dans la lettre et dans l’esprit, de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi ». Ceci correspond à la raison d’être de notre plate-forme et constitue le fondement de notre persistant appel pour des négociations « associant toutes les parties » pour arriver à une solution consensuelle qui aide « à préserver la paix et consolider la démocratie et l’état de droit dans notre pays ».
11. Le CNARED réaffirme haut et fort son adhésion et son engagement pour des négociations globales et inclusives comme la voie la plus appropriée et la plus efficace pour trouver une solution urgente à la crise burundaise. À cet effet le CNARED :

a) demande à l’Union Africaine de déclarer que le pouvoir de NKURUNZIZA résulte d’une procédure illégale qui a été menée en violation de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et de la Constitution et dont les pressions exercées sur la Cour Constitutionnelle jusqu’à lui faire signer un arrêt dont elle n’était pas l’auteur, entrent dans le champ de l’article 23 de la Charte Africaine de la Démocratie, des Élections et de la Gouvernance ;
b) s’inscrit en faux contre les consultations intérieures que le pouvoir NKURUNZIZA a confié à la Commission Nationale pour le Débat Intérieur (CNDI). Il s’agit purement et simplement d’une manoeuvre pour retarder les négociations et/ou les contourner. Au vu de la composition de cette commission, le souci du pouvoir NKURUNZIZA est de récompenser les individus, partis et groupes politiques qui se sont beaucoup investis dans la défense du 3ème mandat de Pierre NKURUNZIZA ;
c) demande à la communauté internationale d’identifier les personnalités qui, au sein du cercle du pouvoir de Pierre NKURUNZIZA, constituent des entraves à la voie des négociations et les traiter conséquemment. Le CNARED est prêt à contribuer pour l’identification de ces personnalités et s’apprête, le cas échéant, à publier leur liste ;
d) demande instamment à la Cour Pénale Internationale (CPI), dont le Burundi est un État partie, d’ouvrir des poursuites judiciaires à l’endroit des personnalités politiques, militaires et policières intégrées au cercle du pouvoir de Pierre NKURUNZIZA qui, depuis le 25 avril 2015, n’ont cessé de s’illustrer dans les violations des droits de l’homme par des appels verbaux à la violence, des discours incendiaires à relents ethniques, des assassinats ciblés et des exécutions extrajudiciaires. Le CNARED est prêt à fournir une liste exhaustive de ces personnalités à l’instance judicaire internationale concernée. D’autre part, le CNARED demande aux instances politiques et parlementaires dont le Burundi fait partie de ne plus accueillir dans leurs activités des personnalités burundaises qui, au cours des dernières semaines, se sont illustrées dans des discours qui distillent un venin ethnique. L’East African Legislative Assembly (EALA) de la Communauté de l’Afrique de l’Est, le Forum des Parlements des Pays Membres de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (FP-CIRGL), le Parlement Panafricain, les ACP, l’Union Internationale Parlementaire doivent désormais refuser d’accueillir les délégations burundaises, plus particulièrement si elles sont conduites ou comprennent des personnalités comme Pascal NYABENDA, Révérien NDIKURIYO et Gélase NDABIRABE respectivement président de l’Assemblée Nationale [illégale et illégitime] et du parti CNDD-FDD, président du Sénat [illégal et illégitime] et député de l’Assemblée Nationale [illégale et illégitime] du Burundi et en même temps porte-parole du parti CNDD-FDD pour leurs propos incendiaires et apocalyptiques qu’ils distillent à longueur de journée ;
e) s’inscrivant dans la voie de la Communauté de l’Afrique de l’Est, de l’Union Africaine et des Nations Unies, réitère son soutien au Médiateur désigné par la communauté internationale. Néanmoins, pour que cette médiation soit efficace et fonctionne sans interruption, il faudrait :
– qu’il traite sur le même pied d’égalité les parties en conflit par rapport à la crise burundaise. Il est incompréhensible qu’à deux reprises son émissaire se soit rendu auprès du pouvoir NKURUNZIZA sans que la même démarche soit entreprise auprès du CNARED. Nous exigeons que dans les meilleurs délais la médiation actuelle organise une rencontre avec une délégation du CNARED pour discuter des modalités d’organisation et de conduite des prochaines négociations ;
– qu’au vu de l’agenda électoral qui est en cours dans son pays et dans lequel le médiateur est impliqué, il lui soit adjoint au moins deux ou trois éminentes personnalités davantage disponibles pour la conduite des négociations inter-burundaises. Le CNARED est prêt à faire des propositions qu’il pourrait discuter avec l’autre partie en face. D’autre part, l’Union Africaine, les Nations Unies et les partenaires bilatéraux du Burundi devront être engagés de façon active et dynamique auprès de la
Médiation ;
– que la Médiation soit garantie des moyens matériels et financiers nécessaires pour son fonctionnement
et une bonne organisation des négociations. Le CNARED salue à cet effet les disponibilités ayant été
déjà exprimées pour aider la Médiation à répondre aux nombreux défis logistiques, techniques et
financiers devant être satisfaits dans l’organisation et la conduite de toute négociation.
f) rappelle que pour pouvoir réunir tous les protagonistes burundais, ces négociations devront être organisées
à l’extérieur du Burundi.
12. Le CNARED remercie encore une fois tous ceux qui, au Burundi, dans la Région, en Afrique et à l’échelle
internationale s’investissent jour et nuit pour que la crise burundaise trouve dans les meilleurs délais une
issue consensuelle. Le CNARED salue particulièrement la nomination d’un conseiller spécial du Secrétaire
Général des Nations Unies pour le Burundi ainsi que les explorations en cours pour le déploiement au
Burundi d’une force des Nations Unies pour le Maintien de la paix au Burundi.

13. Le CNARED, qui est le principal interlocuteur face au pouvoir de fait de Pierre NKURUNZIZA. réitère sa volonté et son engagement à oeuvrer pour une issue pacifique de la crise burundaise.

Fait à Bujumbura le 23 novembre 2015
Pour le Directoire du CNARED
Léonard NYANGOMA, Président

Untitled-1

Que cherche Nkurunziza chez le leader Alexis Sinduhije?

Ce samedi 21 mars 2015 une délégation du Président Nkurunziza composée par deux députés, Nzigamasabo alias Gihahe et Révérien de Makamba s’est rendu en Uganda pour rencontrer le leader du MSD, Monsieur Alexis Sinduhije. Malheureusement suite à un calendrier surchargé d’Alexis Sinduhije, il n’a pas pu rencontrer ces envoyés du Président Nkurunziza.
Cependant Alexis Sinduhije cherchant à savoir la raison de ce déplacement, il a joint au téléphone le député Révérien. A travers cet entretien téléphonique l’élu de Makamba a expliqué que Nkurunziza voudrait une organisation des élections apaisées et voudrait en discuter avec le leader du MSD. En outre, devait-il ajouter, au terme de cette discussion, le MSD serait autorisé à faire partie de l’ADC-IKIBIRI!
Répondant à cette préoccupation des élections apaisées et crédibles, le leader du MSD a donné les huit conditions qui doivent être remplies pour que ce processus soit crédible:
1. La libération des prisonniers politiques;
2. Le retour de tous les hommes politiques en exil;
3. La constitution du fichier électoral;
4. La mise en place d’une nouvelle CENI consensuelle;
5. La remise des partis politiques à leur leader légitime;
6. Les libertés politiques, d’association et de réunion garanties à tout le monde;
7. Le démantèlement de la milice Imbonerakure;
8. Renoncer au troisième mandat du président sortant.
Ce qu’il faut retenir de ce contact est que le président Nkurunziza cherche un allié politique fort de l’opposition. Cet allié temporaire, comme ce fut le cas de l’UPRONA en 2010, l’aiderait à traversé l’entrave de son troisième mandat contesté. Pour cette besogne Nkurunziza a identifié le MSD, le parti le plus fort de l’opposition. Il cherche donc à l’isoler. C’est la deuxième information qu’il faut garder, un choix qui explique la raison pour la quelle le Ministre Nduwimana Edouard refuse d’enregistrer le MSD au sein de la coalition ADC-IKIBIRI. Pourtant Nduwimana Edouard sait qu’il n’a pas les prérogatives de choisir quel parti doit s’allier avec tel autre. Nkurunziza croit à tort que cet isolement du MSD est une carte pour exercer la pression mais cela risque d’être une entrave à sa démarche.
De la même manière la descente de la police au domicile d’Alexis Sinduhije, dans la commune de Kinindo, ce lundi 23 mars 2015, soit deux jours après cette tentative de rencontre de Kampala, dévoile le véritable visage du président Nkurunziza. En effet au terme de cette perquisition la police a laissé aux sentinelles ce message: » Muramubwira ko ataco twatoye. Uti ariko turazi ko ari hafi » ( dites à Alexis Sinduhije que nous n’avons rien trouvé de compromettant. Mais nous savons qu’il n’est pas loin d’ ici).
Avec cette descente de la police à la résidence d’Alexis Sinduhije, Nkurunziza aurait appris que ses délégués sont allés rencontrer Alexis Sinduhije à Kampala au moment où il se trouvait à Bujumbura. Alors la question qui se pose est celle de savoir si Nkurunziza veut négocier avec Sinduhije Alexis ou l’arrêter. Quelle ambivalence! Quel paradoxe! Déboussolé par la fronde , il ne sait plus où donner de la tête.

Pancrace CIMPAYE.