Bob-Rugurika

Une incarcération finissant dans l’apothéose

« Chers Jeunes, vous devez démontrer que le peuple Africain est un peuple majeur. Cela va nous coûter la vie peut être, mais nous sommes là pour prendre les risques. Nous sommes là pour oser et vous êtes là pour continuer la lutte coûte que coûte ».
Thomas SANKARA.

Trente jours de détention abusive ne passent pas inaperçus dans la vie d’un être humain. Ma profession de journaliste m’amène souvent à combattre la morgue des puissants au prix d’indicibles tribulations. Le dossier brûlant des trois sœurs italiennes trucidées à Kamenge a remué les tripes du pouvoir en place. Triple assassinat ignoble ! Summum de la sauvagerie !

Ces victimes sont : Sœur Lucia Pulici (75 ans), Sœur Olga Raschietti (83 ans) et Sœur Bernadette Boggia (79 ans).

La Radio Publique Africaine, sous ma direction, ne pouvait pas rester inerte face à ces crimes ignominieux. M’embastiller irrégulièrement devenait pour mes bourreaux l’unique façon de dire : « Motus et bouche cousue ! »

Les personnalités impliquées n’auraient pas dû m’expédier en prison. Il fallait étaler au grand jour les preuves irréfutables de leur innocence. Et les porter à la connaissance de l’opinion publique. Pour démontrer le caractère mensonger des enquêtes menées par la Radio Publique Africaine via son Directeur. Sorte de contre-enquête. Chose qui n’a jamais été faite jusqu’ici.

Voilà pourquoi beaucoup sont enclins à croire que les personnes pointées du doigt par notre médium ont les mains sales dans cette affaire. Du reste, ce triple assassinat n’est pas leur première exécration. Des faits antérieurs suffiraient largement pour preuve de mon assertion. J’y reviendrai.

Je devenais alors une cible à abattre pour mes détracteurs. Afin de m’enterrer et enterrer ce dossier faisant couler des flots d’encre et de salive.

C’était sans compter sur la bravoure d’un peuple las d’un système violant outrageusement les droits humains.

Remerciements tous azimuts

Qu’il me soit permis d’exprimer ma profonde gratitude à toutes les personnes ayant dit non catégoriquement et véhémentement à ma détention. Depuis mon arrestation jusqu’à ma libération, elles m’ont apporté soutien et réconfort en empruntant moult procédés.

La voix des ondes a été pour elles leur principal cheval de bataille. Tout un chacun s’est exprimé : du burundais le plus connu jusqu’au citoyen lambda.

Mention très bien aux diplomates accrédités à Bujumbura et aux autres excellences venues me voir à la Prison Centrale de Muramvya. Leur apport a raffermi mes convictions liées à la défense des sans voix. La quintessence de leurs conseils sagement prodigués reste gravée pour de bon dans mon for intérieur. Quel patrimoine moral et intellectuel !

Le Nonce Apostolique m’a oint par des prières d’une richesse inestimable. Dois-je le ressasser, toutes les provinces du pays tirées vers le haut par la contrée de Muramvya ont manifesté leur indignation. Des étrangers ont effectué des pérégrinations vers mon lieu de détention pour me ragaillardir.

Les associations féminines et actives dans la défense des droits humains étaient tout le temps à mes côtés. Idem pour les associations des jeunes qui ne m’ont jamais lâché.

La communauté estudiantine de l’Université Lumière du Burundi (Campus Kinindo) m’a envoyé une lettre pleine de motivation dans un style poétique et pathétique. Histoire de revigorer mon moral. Afin que je reste dans de bonnes dispositions psychologiques. Quelle missive réconfortante !

Au sein du Gouvernement burundais figurent des personnes empreintes de justice. Elles se sont battues à leur manière pour obtenir ma libération.

Certains membres du Parlement burundais ont manifesté leur désarroi et plaidé pour ma cause.

Des membres du parti au pouvoir (CNDD-FDD) ont dénoncé le caractère injuste de ma détention. Et ont donc pris fait et cause pour la personne de Rugurika. Je leur en sais infiniment gré.

L’appareil judiciaire burundais comporte certaines femmes et certains hommes intègres. Le saviez-vous ? Ils se sont inscrits en faux contre mon emprisonnement qualifié d’abject, illégal et abusif. Hommage vibrant à ces patriotes que la patrie n’a pas l’habitude de chanter.

Toutes ces personnes susmentionnées ne m’ont pas laissé sombrer dans les ténèbres de l’oubli. Grâce à elles, je suis arrivé au bout de mes peines.

Panégyrique à l’endroit de la presse burundaise et de la société civile

Le style dithyrambique suffit-il pour porter au pinacle la presse et la société civile ? Quelle détermination ! Quel dynamisme ! Voilà un duo qui a volé la vedette aux fossoyeurs de la justice en mobilisant toute la population burundaise. Pour crier haro sur les injustices criantes et autres bourdes graves commises par les « seigneurs » de la haute cour.

Le noyau qui avait décidé mon arrestation balbutiait des arguments construits sur du sable mouvant pour justifier ma détention. Mais sans convaincre une population terrassée par une kyrielle d’évènements malheureux : crimes de sang et crimes économiques dans une atmosphère très délétère. Qui va nous sortir de cette cangue ?

Les professionnels des médias et les acteurs de la société civile m’ont indéfectiblement soutenu. Des marches manifestations dans ce qu’ils ont appelé « mardi vert » illustraient de fort belle manière ce soutien.

Mardi de chaque semaine était consacré auxdites manifestations pour réclamer ma libération. Même sous une pluie battante, mardi vert a eu lieu ! Jamais la presse et la société civile n’ont capitulé. Combat âprement mené tous les jours. Beaucoup d’émissions radiodiffusées avaient pour but de réclamer à cor et à cri ma mise en liberté. Stratégies médiatiques menées de main de maître par une presse dont le patriotisme et le professionnalisme ne sont plus à démontrer.

Travaillant en symbiose, la presse et la société civile s’organisaient pour que ma famille puisse me ravitailler en vivres tous les jours.

« Sacrifice, ô toi seul peut-être es la vertu ! » disait Alfred de Vigny. Rabâchons-le, les sacrifices faits pour moi méritent une attention particulière. Imaginez les dépenses onéreuses en carburant pour se rendre tous les jours à Muramvya.

Les Organisations des Professionnels des Médias (OPM) et la Société Civile (SC) ne cessaient de dépêcher des gens qui se relayaient nuit et jour pour subvenir à mes besoins. Ce qui, bien entendu, apportait un sacré coup de main à ma famille. Quel esprit d’entraide !

Touché au plus profond de moi-même, une gêne m’habitait en constatant que j’étais le prisonnier le plus dispendieux. Mes compagnons de bagne ne bénéficiaient pas du même soutien moral et financier. Solidarité oblige, nous partagions tout ce que je recevais dans une ambiance débordante d’enthousiasme. La nuit, avant les repas et avant de dormir, nous nous réunissions autour de la prière avec mon ami Edouard MISAGO (alias FUNDI), un membre influent du FNL aile d’Agathon RWASA qui croupit en prison pour avoir refusé d’adhérer aux propositions d’un général tout puissant au Pays de MWEZI GISABO. Jamais ces images ne me quitteront.

Reconnaissance aussi vis-à-vis des personnes ayant eu recours aux réseaux sociaux (twitter, facebook, etc) pour plaider en ma faveur. Des plaidoiries capables d’émouvoir les âmes les plus dures.

La voix de la presse résonnait sur les cinq continents.

Une manipulation vaine autour de mon arrestation

Des sbires du régime en place ont voulu abuser l’opinion nationale et internationale. La prégnance de leurs déclarations n’avait aucune pertinence. Une armature flasque basée sur le mensonge et la calomnie. Le bât blesse quand c’est un ‘’confrère’’ qui a poussé l’effronterie jusqu’à publier des articles fulminants visant à me couvrir d’opprobre. Et à taxer de « monstrueux » les résultats de mes enquêtes sur la mort des trois sœurs italiennes. A l’image d’un blog animé par un quidam proche de la famille présidentielle. Objectif poursuivi : défendre les personnes impliquées dans ce dossier. Histoire de voler à leur secours. Quelle misère !!!

A ma grande déception, j’ai appris par la voix des ondes qu’un parmi les présumés assassins est venu afficher son orgueil tout près du portail de la Radio Publique Africaine. Comme pour dire : « Votre Directeur Bob Rugurika croupit en prison alors que nous (lui et ses congénères) sommes en liberté ! » Il s’agit de Guillaume Harushimana. Quelle provocation !

Il a exhibé un cercueil devant ledit portail pour montrer à la face de l’opinion que la Radio Publique Africaine cherche à le liquider. La voix des sans voix taxée de meurtrière par un parmi ses bourreaux. Histoire de persifler davantage les travailleurs de notre station. On aura tout vu dans ce pays !

Pour les familles de ces illustres disparues et toutes les personnes qui leur sont chères, c’était une façon d’enfoncer le clou en remuant le couteau dans la plaie ! Décidément ! Le loup se fait volontiers passer pour l’agneau, faisant du même coup passer l’agneau pour le loup.

Certaines personnalités œuvrant dans les ONG locales ont voulu entrer dans la danse pour tromper les diplomates vivant à Bujumbura.

Fort heureusement, toutes ces tentatives ont été battues en brèche par le professionnalisme ayant guidé la RPA dans ses investigations. Et le rôle oh combien important joué par les activistes de la société civile et les professionnels des médias. Comme quoi la vérité finit toujours par triompher.

La société civile occidentale mobilisée pour la cause burundaise

Des ONG internationales ont tout fait pour obtenir ma libération. Leur champ d’action reposait sur un foisonnement d’articles et de rapports visant à décrier la dérive totalitaire observée lors de mon arrestation.

Je me garde de dévoiler les stratégies utilisées ainsi que la mobilisation faite pour que je sorte de prison. Cela ferait l’objet d’un très long chapitre car lesdites stratégies sont nombreuses et variées.

Le monde est devenu un village planétaire. Américains, européens, asiatiques et africains ont plaidé pour moi. Jamais je n’oublierai cet engagement salutaire venu de l’extérieur.

Sous les verrous et dans mon subconscient, je les voyais suer sang et eau en courant de manière effrénée pour obtenir ma libération.

Les grands de ce monde parvenaient à lire lesdits rapports et articles grâce à ces ONG internationales. Des rapports tirant à boulets rouges sur mes détracteurs devenus tristement célèbres pour leurs nombreux impairs.

Tous ces faits et gestes sont louables à plus d’un titre. Et j’en suis fortement pénétré.

Attention à la désapprobation internationale

La communauté internationale via certaines institutions a clairement montré sa position : « Libérez Bob Rugurika immédiatement et sans conditions ! » Et de renchérir : « Sa détention relève de l’arbitraire politique et bafoue la liberté d’expression à la veille des élections » Et de conclure : « Impossible de tenir des élections apaisées, libres et démocratiques dans un contexte aussi nocif »

Une certitude : la communauté internationale ne porte pas un regard débonnaire sur les problèmes qui nous assaillent. Au contraire, il s’agit d’un regard sévère et ponctué d’une extrême vigilance. Peut-il en être autrement ? Les crimes de sang ont atteint des dimensions paroxysmiques. Un degré de barbarie qui bat tous les records. Les personnes citées par la Radio Publique Africaine dans le triple assassinat des trois religieuses italiennes se retrouvent pour la plupart dans les ignominies ci-dessous.

Des cas qui rempliraient un roman de série noire. Signalons les massacres d’une trentaine de personnes en 2006 à Muyinga et retrouvées dans la rivière Ruvubu. L’assassinat odieux en 2009 de l’ancien Vice-président de l’Observatoire de Lutte contre les Malversations Economiques (OLUCOME) en la personne d’Ernest Manirumva. Les massacres de Gatumba en 2011 où 40 personnes furent tuées. Entre 2011 et 2013, les Nations Unies ont relevé 163 cas d’exécutions extrajudiciaires. Deux parmi ces cas avaient trait à des religieux provenant d’Italie et de Croatie. Et lynchés à Kiremba en 2011. Tout récemment, le triple assassinat à Kamenge des trois religieuses italiennes n’a pas fini de défrayer les chroniqueurs nationaux et internationaux. Affaire ayant fait écrouer votre serviteur.

Les gouvernements américain, français, britannique, belge et allemand ont exprimé leur cinglante désapprobation par rapport à ma détention. C’est dans ce sens que leurs ambassadeurs accrédités ici et d’autres personnalités venues de l’extérieur se sont rendus à Muramvya pour me dire : « On ne te laissera pas moisir en prison »

Le Parlement Européen a pris la résolution de demander ma libération au Gouvernement de la République du Burundi. Ce qui, de toute évidence, ne pouvait pas laisser indifférents mes bourreaux vu la portée de ce message. La coopération entre l’Europe et le Burundi risquait d’être mise à mal si mes détracteurs avaient dressé le mur de l’entêtement.

Loin de moi l’idée de m’octroyer des valeurs mirifiques. Pas de vantardise ! Tant s’en faut ! Mais j’ai saisi la portée de ce message. Il met en avant la protection des femmes et hommes des médias ainsi que les activistes de la société civile. Ce sont les garants de la démocratie. Nos dirigeants ont du mal à le comprendre. Pourquoi ?

Les auteurs de mon incarcération avaient juré de me maintenir en détention. Mais la désapprobation internationale leur a donné du fil à retordre. Et les a amenés à revenir à la raison. Tant mieux ! Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Et bravo aux magistrats qui ont dit le Droit sans états d’âme.

Ainsi, le Burundi venait d’éviter la réprobation internationale. Cette dernière l’aurait davantage enfoncé dans le creux de la vague.

La nuit la plus longue de ma vie

La matinée du mercredi 18 février 2015 a suscité beaucoup d’allégresse dans l’opinion nationale et internationale. Le Directeur de la RPA venait d’être libéré provisoirement par la Cour d’Appel.

Ma libération sous caution (15.000.000 francs bu) a été saluée par toutes les personnes qui m’avaient soutenu. Extrême jubilation. Et ça se comprend. Leur lutte n’a pas accouché d’une souris. Des messages de félicitation fusèrent de partout. Et arrivèrent par saccades à Muramvya.

Hélas et trois fois hélas, je n’étais pas autorisé à sortir de prison juste après ce jugement. Des interrogations voire des inquiétudes m’envahissaient. Qui pouvait remettre en cause la décision prise par la Cour d’Appel ? D’où venait cette force maléfique ?

Jusqu’à 19 heures, j’étais sous les verrous. Trente minutes après, un séisme aux dimensions incommensurables s’abattit sur moi lorsque je vis une cohorte de policiers entrer dans les enceintes de la prison. Pour me sortir de prison la nuit ! Pourquoi avoir attendu la nuit pour me libérer ? J’y voyais, avec raison, un plan macabre d’élimination physique. Des images lugubres défilèrent dans mon esprit. Je devenais la nième victime d’un noyau connu pour ses exécutions extrajudiciaires. Que fallait-il faire ?

Le Président de l’OLUCOME Gabriel Rufyiri, ma consœur Agnès et une parenté durent interpeller la Radio Publique Africaine. Pour crier au scandale. Le journaliste Gilbert Niyonkuru de ladite Radio m’interrogea pour s’enquérir de la situation. En direct sur les antennes de la Radio la plus écoutée du Burundi, je fis vivre ma peur au monde entier.

A gorge déployée, j’ai demandé à tous les citoyens de dire non à ce plan ourdi par une poignée d’individus. Mes bourreaux, je les connais. Ils se comptent sur les doigts d’une main. Mais ont une influence démesurée dans les sphères du pouvoir. Toutes les conspirations visant à m’éliminer sont l’œuvre de cette clique.
Leurs tentatives ont, jusqu’ici, échoué. Grâce à qui ? Au Bon Dieu qui me protège comme un père le fait pour son enfant. Il n’est pas superflu de le mentionner.

Ma foi en Dieu m’a permis d’escalader des montagnes dont les versants sont abrupts. L’altitude épuisante. Mais ça, c’est une autre histoire ! J’y reviendrai dans les prochains jours.

Alertée, la population de Muramvya décida de venir en masse et s’agglutiner autour de la prison. Sorte de pression pour que mes détracteurs renoncent à leur sinistre projet. J’ai appris que des patriotes venant de Bujumbura et autres provinces du pays se sont rendus à Muramvya durant cette nuit de triste mémoire. Quelle mobilisation ! A la guerre comme à la guerre !

Notons au passage que tous les policiers ne sont pas pernicieux. En prison, j’ai échangé avec des policiers imbibés d’un patriotisme sans pareil. Et farouchement opposés à toute sorte de violation des droits humains. « Nous sommes victimes d’un mauvais système ! » m’ont-ils affirmé. Et de renchérir : « Quelques individus en mal de gloire facile jettent le discrédit sur l’ensemble de notre institution. Votre cas, Monsieur Rugurika, heurte la conscience de tous les policiers épris de paix et de justice. Croyez-moi, ils pullulent dans tout le pays. »

La pression interne et externe devenait énorme. La tension était vive et perceptible sur les visages des policiers chargés de faire la sale besogne. Eux-mêmes paraissaient débordés d’affliction. Comme pour dire : « Nous n’y sommes pour rien. Et exécutons les ordres venant d’en haut ! » Atmosphère irrespirable !

D’ordinaire, je n’ai pas la couardise dans mes veines. Mais là, franchement, une frousse bleue m’a flanqué. Vive l’opinion nationale et internationale qui s’est levée comme un seul homme pour ne pas que je sois enlevé cette nuit-là.

Acculés et dépassés par les évènements, mes tortionnaires décidèrent de me laisser passer la nuit en prison. Quitte à être libéré le lendemain matin.

Connaissant la méchanceté légendaire de mes bourreaux, je n’ai pas fermé l’œil toute la nuit. Un autre coup fourré n’était pas à exclure. Une nuit blanche sur fond de peur irrépressible.

Mention spéciale à Yvette Murekasabe venue de la RPA Ngozi pour relater les faits saillants survenus au cours de cette nuit morose. Bravo pour ce travail remarquable.

Une libération accueillie en grande pompe

Le lendemain matin, j’entendis des chants venant des prisonniers. En substance, ces chansons contenaient des messages d’espoir et demandaient que Bob Rugurika soit libéré pour être le porte-parole des laissés-pour-compte. Quelle scène attendrissante ! J’avais presque les larmes aux yeux.

Un policier devenu mon ami à Muramvya vint me dire qu’une foule nombreuse est venue assister à ma libération. Des gens venant des quatre coins du pays étaient là. Sans parler des ressortissants de Muramvya qui, autour de la prison, avaient passé la nuit à la belle étoile. Pour contrecarrer toute tentative visant à m’occire. Jamais je n’oublierai cet engagement salutaire prouvant une fois de plus la maturité du peuple burundais.

J’ai quitté la prison de Muramvya sous une clameur généralisée. C’était un jeudi matin du 19 février 2015. Date ayant coïncidé avec le 4ème anniversaire de mon mariage. Imaginez-vous !

Le trajet reliant Muramvya et Bujumbura était truffé d’individus joviaux qui laissaient éclater leur joie.

Certaines radios ayant combattu pour ma libération retransmettaient en direct toutes les péripéties liées à ma libération. Cris de bonheur et chants parnassiens ont agrémenté notre voyage pour descendre sur Bujumbura.

Liesse indescriptible d’une population libérée depuis le chef-lieu de Muramvya jusqu’à Bujumbura en passant par Bugarama, Mubimbi, Mageyo et Kwa Muswahili. Foule immense tout le long de cet itinéraire. Jamais je n’avais vu un tel déferlement de la population pour saluer la libération d’un journaliste. En réalité, la portée de ce message va au-delà de ces images.

A Kamenge, les routes étaient remplies d’individus qui chantaient et dansaient. Bujumbura vibrait dans une extase débordante et collective. Nous fûmes accueillis comme des héros venant de libérer tout un peuple. Notre cortège avançait sous un tonnerre d’acclamations et d’applaudissements frénétiques.

Des personnes venues nombreuses étaient massées autour de la Radio Publique Africaine. Et chantaient à tue-tête les bienfaits de notre radio avant d’entonner l’hymne national du Burundi. Incroyable mais vrai ! Des chansons d’un charme fou à la gloire de notre station. « La libératrice de tout un peuple ! » pouvait-on entendre à travers lesdites chansons.

Je devais, coûte que coûte, me rendre à l’antenne. Et prendre le micro pour saluer la vaillance et la bravoure du peuple burundais. Qui a refusé de cautionner les turpitudes d’une poignée de personnes.

Emu, je l’étais, ça se sentait à travers ma voix. Cette dernière laissait transparaître mon courroux vis-à-vis des dirigeants qui se prennent pour des potentats. En instrumentalisant la justice pour en faire ce qu’ils veulent.

Certaines personnes me reprochent d’avoir été trop virulent dans mes propos. Qu’elles ne m’en tiennent pas rigueur, je venais d’échapper à la mort.

Une heure après, mes « névroses » avaient complètement disparu. Le soutien massif autour de moi m’avait rasséréné. Le moral était à son beau fixe.

Le peuple : Force herculéenne et rempart de toutes les nations

L’hallali a sonné. Le peuple a envahi les rues avec une détermination plus forte que la tyrannie de la clique nuisible. Et se sentait libéré au même titre que moi. Qui pouvait empêcher les foules de descendre dans les rues ce jour-là ? Personne. Nul ne peut aller à l’encontre d’un tel raz-de-marée.

Sous d’autres cieux, c’est du déjà vu, du déjà vécu. Notre chère patrie fera-t-elle exception ? Ma réponse tombe comme un couperet : non !!!

La journée du 19 février 2015 est un signal fort à l’adresse du pouvoir en place. Le ras-le-bol de la population se sent comme le hareng sent le poisson.

Ces mobilisations populaires ont des messages particuliers :

– Stop aux nombreuses dérives totalitaires maintes fois décriées par la presse, la société civile et la communauté internationale. Trop c’est trop !!!

– Stop aux gabegies plusieurs fois observées. Elles donnent du Burundi l’image piteuse d’un Etat voyou indigne de figurer sur la liste des pays modernes et civilisés.

Stop au vol éhonté des deniers publics. Ils maintiennent la population dans une précarité sans nom.

Séparons le bon grain de l’ivraie et agissons en conséquence

Je suis de ceux qui rejettent la globalisation et l’amalgame. Le pouvoir en place compte certaines personnalités responsables, probes et compétentes.

Au sein des Forces de Défense et de Sécurité, figurent des femmes et des hommes soucieux de la sécurité et la stabilité de ce pays. Ils font honneur à la patrie en se distinguant dans les différentes missions de maintien de la paix à travers le monde. Rien qu’en pensant à ces patriotes, je me sens fier d’être burundais.

Parmi nos dirigeants, pullulent d’anciens exilés. Et qui jurent de ne plus prendre la poudre d’escampette. D’autres ont vu leurs compagnons de lutte périr sur le champ de bataille. Ils claironnaient à tout bout de champ que le but de leur lutte était de transformer le Burundi en un havre de paix. Une nation paisible, heureuse, prospère et libérée des avatars vécus dans le passé. « Finies les frustrations et les injustices d’antan » martelaient-ils d’un ton acéré.

Que constatons-nous aujourd’hui ? Les crimes de sang et les crimes économiques ont pris une ampleur démesurée et inégalée. La paupérisation gagne du terrain au grand dam des petites gens abandonnées à leur triste sort. Le coût de la vie est exorbitant. Il s’agit d’une gestion à tous égards désastreuse. Est-ce le Burundi radieux et promis dans les discours des ex rebelles aujourd’hui au pouvoir ? Quelle démagogie !

Des individus en infériorité numérique par rapport aux vrais patriotes enfoncent le Burundi dans un précipice. Face à cette dérive, allons-nous assister béats en retenant notre révolte ? Une poignée d’individus macabres peut-elle nous narguer éternellement ?

Beaucoup s’en offusquent mais ne réagissent pas ! Passivité inacceptable ! Et ont le toupet de dire : « Nous sommes ligotés par une clique ayant fait main basse sur toutes les institutions : Gouvernement, Parlement, Parti au pouvoir, Magistrature » Est-ce raisonnable ? Non à cette attitude pusillanime !

Non à ces brebis galeuses qui font du Burundi leur propriété privée ! Sinon, nous serons tous coupables de non-assistance à peuple en danger ! Il faut réagir très vite car il y a péril en la demeure !

Les récentes manifestations observées lors de ma libération sont des signes qui ne trompent pas. Les signes des temps dirais-je. Finis les propos lénifiants visant à tromper la vigilance du peuple. Celui-ci n’acceptera plus qu’une oligarchie, d’où qu’elle vienne, le prenne en otage. Pardi ! Et vous serez mes témoins.

Vers qui regarder ?

Pour finir, identifions-nous aux parangons de vertu ayant servi la patrie avec honneur et altruisme. Parmi eux, figure l’octogénaire Valentin Bankumuhari, féal compagnon de lutte du Prince Louis Rwagasore.

Pétitionnaire du Burundi à la Tribune des Nations Unies en 1962, il a dit ceci : « La formule du progrès, c’est la justice sous toutes ses formes »

Faisons nôtre cette devise venant d’un patriote hors du commun.

Bob Rugurika

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